Election de Jean-Claude Juncker: une bonne nouvelle pour l’Europe?

Jean-Claude Juncker.

L’élection du luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne est plutôt une bonne nouvelle. Tout d’abord, cette élection est une réelle avancée sur le plan démocratique. C’est en effet la première fois qu’a été mise en application la nouvelle procédure d’élection prévue par le Traité de Lisbonne. Jusqu’à présent, les eurodéputés ne disposaient que du droit d’accepter ou de refuser en bloc l’ensemble des commissaires européens proposés par les Etats membres. Le Traité de Lisbonne a introduit deux innovations majeures. Premièrement, le Parlement accorde son investiture au président de la Commission, sur proposition des Etats membres. Deuxièmement, les Etats membres sont censés choisir le président de la Commission en tenant compte du résultat des élections européennes. Ces changements permettent de politiser les élections européennes et de démocratiser le fonctionnement de l’Union, puisque le président de la Commission doit désormais refléter la majorité sortie des urnes. Avant les dernières élections européennes, quelques sceptiques avaient prédit que le choix des électeurs serait ignoré par les Etats membres, et que les garanties apportées par le traité n’étaient pas suffisantes. Il n’en fut rien : les Etats membres ont choisi, à une très large majorité, le candidat issu de la formation politique qui avait remporté les élections (il s’agit du Parti Populaire Européen, de centre-droit). En acceptant le verdict des urnes, le Conseil européen a en quelque sorte créé un « précédent », et il est peu probable qu’à l’avenir les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union prennent le risque d’aller contre l’avis des électeurs.

Autre bonne nouvelle : le nouveau président de la Commission est un fédéraliste, ardent défenseur de la construction européenne, partisan d’un droit du travail et d’un « SMIC » européens. Juncker veut aussi approfondir le marché unique dans le secteur du numérique et des télécommunications, et harmoniser les règlementations des Etats en ce qui concerne le droit d’auteur et la protection des données personnelles. A propos du Traité de libre-échange actuellement négocié entre la Commission européenne et les Etats-Unis, Juncker s’est voulu rassurant : il s’est engagé à défendre les normes sanitaires et environnementales de l’Union, et s’est dit opposé à la création de juridictions qui règleraient les litiges entre Etats et entreprises et qui empiéteraient sur la souveraineté des Etats européens. Par ailleurs, Jean-Claude Juncker est un homme charismatique et un orateur brillant qui, espérons-le, saura « incarner » l’Europe aux yeux des citoyens, contrairement à son prédécesseur José Manuel Barroso, qui apparaissait souvent comme l’archétype du technocrate européen sans charisme.

Toutefois, l’élection de Jean-Claude Juncker pose un certain nombre de problèmes, à commencer par celui de l’harmonisation fiscale. En effet, Juncker est luxembourgeois, il fut Premier Ministre du Luxembourg pendant 18 ans, et a toujours refusé de considérer son pays comme un paradis fiscal. On peut donc avoir de sérieux doutes quant à son envie de lutter efficacement contre la fraude fiscale en Europe et d’initier un processus de convergence fiscale. Par ailleurs, Jean-Claude Juncker a toujours défendu la ligne de l’austérité, et a clairement réaffirmé pendant la campagne électorale son attachement aux principes de l’orthodoxie budgétaire : « On ne peut pas dépenser de l’argent que l’on n’a pas », avait-il asséné lors du débat européen du 15 mai à Bruxelles. Quelle crédibilité peut-on alors lui accorder lorsqu’il parle de faire un « New Deal » européen pour relancer la croissance et l’emploi ? Jean-Claude Juncker a effectivement annoncé sa volonté de mobiliser 300 milliards d’euros d’investissements. Simple effet d’annonce, en réalité, car ces dépenses avaient déjà été décidées l’année dernière : le budget adopté en 2013 prévoit d’engager 325 milliards d’euros sur sept ans dans le cadre des fonds structurels européens. Or, les fonds structurels servent à réduire les inégalités entre les différentes régions de l’Union : ils n’ont pas pour objectif de doper la croissance à court terme. De plus, les fonds structurels permettent de financer des projets existants, lancés par les Etats et les collectivités : l’Union n’a pas encore les moyens d’action qui lui permettraient de planifier de grands projets d’aménagement à l’échelle européenne.

Les « 300 milliards » promis par Juncker ne correspondent donc pas à des investissements supplémentaires. Juncker n’a jamais été un keynésien, il croit aux vertus de la rigueur budgétaire et ne souhaite pas remettre en cause les statuts de la Banque Centrale Européenne, dont le rôle est de lutter contre l’inflation et de maintenir la stabilité de l’euro. L’idée de Juncker, c’est d’employer différemment l’argent disponible. Le président de la Commission veut encourager l’investissement privé et faciliter la mobilisation de l’épargne des ménages ; il évoque aussi une recapitalisation de la BEI (Banque Européenne d’Investissement). Mais il sera très difficile de relancer la croissance en Europe sans toucher aux statuts de la BCE, et sans créer un véritable Trésor Public européen qui disposerait de ses propres ressources et qui ne serait pas tributaire des dotations consenties par les Etats membres.

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