Réforme territoriale: un projet qui manque d’ambition et de cohérence

La réforme territoriale de François Hollande s’enlise. Le texte présenté en juin par le président a été directement rejeté par le Sénat et vient d’arriver à l’Assemblée nationale, où les débats s’annoncent houleux.

Cette réforme partait d’une intention plutôt louable : réduire le nombre de régions métropolitaines de 22 à 14 pour ainsi renforcer leur poids face aux grandes régions européennes. Le redécoupage régional dévoilé par François Hollande évite l’écueil du charcutage territorial, contrairement au rapport Balladur qui avait proposé le démantèlement pur et simple de certaines régions. Mais le projet du président a deux inconvénients. Tout d’abord, la nouvelle carte a été dessinée à la va-vite et dans la plus grande opacité depuis l’Elysée : les conseils généraux et régionaux n’ont pas eu leur mot à dire (curieuse conception de la décentralisation). Deuxièmement, la nouvelle carte n’a guère de cohérence géographique, historique et culturelle. Manifestement, les auteurs du projet n’ont pas fait grand cas des identités régionales et des aspirations des habitants : les préoccupations des cartographes élyséens étaient surtout statistiques et, on le sait, politiques, car il fallait satisfaire les desiderata de quelques puissants chefs de région socialistes.

Les incohérences, en effet, ne manquent pas. Ainsi, bien que Nantes soit la capitale historique de la Bretagne et que les Nantais se considèrent depuis des siècles comme des Bretons, les Pays de la Loire n’ont pas été rattachés à la Bretagne. La région Picardie doit quant à elle fusionner avec la région Champagne-Ardenne, au mépris des réalités historiques et culturelles qui unissent étroitement la Picardie au Nord-Pas-de-Calais (le picard et le ch’ti sont une seule et même langue). Autre aberration : dans le projet initial, la région Poitou-Charentes était censée fusionner avec le Centre et le Limousin, de façon à constituer une gigantesque région « Poitou-Charente-Centre-Limousin » sans aucune identité, couvrant 15% du territoire métropolitain, et s’étendant de La Rochelle à Orléans, et de Brive à Dreux : la Commission des Lois de l’Assemblée nationale a heureusement amendé ce projet, en rattachant le Limousin à l’Aquitaine.

Certes, aucune carte ne pourra satisfaire tout le monde. Tout projet de redécoupage régional, même le plus équilibré, comportera une part d’arbitraire. Mais pour que la réforme territoriale soit acceptée du plus grand nombre, il faut que les Français puissent s’identifier à leur région. Ce n’est pas la taille qui fait la force d’une région, mais les compétences qu’on lui donne. Les Länder allemands ont des tailles très différentes (le petit Land de Hambourg compte moins de 2 millions d’habitants et fait 2.400 km², tandis que le Land de Bavière compte 12 millions d’habitants pour 70.000 km²), mais quelle que soit leur taille, ces Länder ont tous de larges pouvoirs et une identité forte. La décentralisation en France est restée inaboutie et superficielle. Si l’on veut des régions françaises puissantes, il faut supprimer les conseils généraux et transférer aux régions les compétences des départements : les régions ont vocation à devenir des acteurs majeurs de l’aménagement du territoire. Mais pour cela, il faut qu’elles aient une identité.

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