Le Front de Gauche et l’Europe: une clarification s’impose

Aurélien Bernier, essayiste d’extrême gauche et militant d’ATTAC, développe depuis quelques années le concept de « désobéissance européenne » et plaide pour une sorte de souverainisme de gauche. Selon lui, les traités européens sont un « carcan ultra-libéral » qui empêche les Etats de mener des politiques de gauche: pour appliquer son programme, la gauche radicale doit donc désobéir aux traités européens et se réapproprier, au niveau national, les principaux leviers économiques et monétaires. Dans son dernier livre intitulé La Gauche radicale et ses tabous, Aurélien Bernier va plus loin et affirme que la gauche radicale a « abandonné » au FN la réflexion sur des thèmes tels que la sortie de l’euro, la rupture avec le cadre juridique européen, le protectionnisme et la souveraineté nationale: selon l’auteur, la question de la souveraineté nationale serait devenue un « tabou » pour la gauche radicale, ce qui expliquerait l’incapacité du Front de Gauche à faire reculer le vote FN.

Aurélien Bernier.

Les leaders du Front de Gauche feraient bien de méditer attentivement les analyses d’Aurélien Bernier. Cet auteur a entièrement raison lorsqu’il dit que la souveraineté nationale est un tabou de la gauche radicale. La plupart des mesures défendues par le Front de Gauche (retour au protectionnisme, contrôle des flux de capitaux, etc.) sont incompatibles avec les traités européens. Si le Front de Gauche accède un jour au pouvoir en France, comment fera-t-il pour appliquer son programme? Logiquement, il devrait sortir de l’Union européenne. Mais jusqu’à présent, l’hypothèse d’une sortie de l’UE n’a pas été sérieusement envisagée par le Front de Gauche. Jean-Luc Mélenchon envisage tout au plus une sortie de l’euro (sans en préciser clairement les modalités). Deuxième hypothèse: renégocier les traités européens. Scénario peu crédible, car si Jean-Luc Mélenchon gouverne un jour la France, il pourra difficilement imposer sa vision de l’Europe à vingt-sept autres gouvernements qui ne partagent pas du tout ses idées.

La seule solution, c’est donc la désobéissance européenne (rester dans l’UE sans respecter les traités). Mais le Front de Gauche devra en tirer toutes les conséquences. Désobéir aux traités européens, cela veut dire fouler aux pieds tous les engagements pris par la France vis-à-vis de ses partenaires européens. Cela veut dire aussi que le droit européen n’a plus de valeur contraignante pour les Etats, et que n’importe quel Etat-membre peut, s’il le souhaite, violer les traités européens, par exemple en prenant des mesures protectionnistes à l’égard d’autres Etats européens, en expropriant des entreprises étrangères ou, pourquoi pas, en rétablissant la peine de mort. N’oublions pas que les traités européens ont une valeur juridique supérieure à celle des constitutions nationales: en admettant que l’Etat puisse contrevenir aux traités européens, on admet du même coup que l’UE est illégitime en tant qu’union politique, et que ses traités sont caducs. Le Front de Gauche est-il prêt à assumer cela devant les Français?

Le Front de Gauche doit aujourd’hui clarifier sa position sur l’Europe. Il doit expliquer aux Français que son programme est inapplicable dans l’actuel cadre juridique européen, et dire clairement s’il souhaite ou non que la France rompe avec l’Union européenne.

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