UDI, Modem: quelles différences?

Aujourd’hui, le courant centriste est incarné principalement par deux formations politiques, le MoDem et l’UDI. Le MoDem (Mouvement Démocrate) a été fondé par François Bayrou après l’élection présidentielle de 2007, sur les ruines de l’ancienne UDF. L’ambition de Bayrou était alors de refonder un parti centriste indépendant, capable de fédérer l’électorat centriste mais aussi d’attirer les Français de sensibilité sociale-démocrate et les électeurs de droite hostiles à Nicolas Sarkozy. L’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) est une confédération de partis de centre-droit qui a été fondée après les élections législatives de 2012, à l’initiative de Jean-Louis Borloo (elle réunit plusieurs petits partis comme le Nouveau Centre d’Hervé Morin, le Parti Radical valoisien ou l’Alliance Centriste de Jean Arthuis). Fin 2013, le MoDem et l’UDI ont conclu une alliance baptisée « l’Alternative », afin de présenter des listes communes aux municipales et aux européennes de 2014. Chacun des deux partis revendique environ 30.000 adhérents.

F. Bayrou (Modem) et Y. Jégo (UDI) lors de la campagne européenne (source: Libération).

Idéologiquement, il est assez difficile de différencier les deux partis. L’UDI et le MoDem partagent les mêmes valeurs et sont d’accord sur l’essentiel. Sur le plan économique, ils ont un positionnement plutôt social-libéral, ils prônent l’équilibre des comptes publics, la simplification du droit du travail et l’allègement des charges sociales pour les entreprises, en particulier les PME. Résolument pro-européens, ils plaident pour une Europe fédérale, défendent la monnaie unique et veulent renforcer les pouvoirs du Parlement européen. Ils défendent également les vertus de la décentralisation et sont très favorables au renforcement des régions. En outre, les deux partis sont très attachés au pluralisme et au multipartisme et souhaitent bâtir un courant centriste indépendant de la droite. François Bayrou a toujours refusé, par principe, l’idée d’un grand parti hégémonique englobant la droite républicaine et le centre. Quant à l’UDI, elle réunit des formations centristes dont certaines, à l’origine, étaient membres de l’UMP mais se sont ensuite séparées de ce parti, dont elles critiquaient la « droitisation ».

Mais alors, qu’est-ce qui différencie le MoDem et l’UDI? Si ces deux partis défendent les mêmes idées, pourquoi n’ont-ils pas fusionné? La réponse est simple: le MoDem et l’UDI ont des stratégies divergentes. L’UDI est un parti de centre-droit, qui considère la droite républicaine comme son « allié naturel » : en fait, les dirigeants de l’UDI souhaitent reconstituer avec la droite républicaine une coalition classique droite/centre, comme l’UDF avec le RPR dans les années 80 et 90. Le MoDem, au contraire, a dès l’origine opté pour une ligne de stricte indépendance vis-à-vis de la droite car il voulait attirer des électeurs de centre-gauche déçus du PS. L’ambition du MoDem est de faire exploser le système bipolaire traditionnel (qu’il considère comme obsolète) et de constituer un pôle centriste autonome, équidistant de la droite et de la gauche, qui n’aurait aucun allié « naturel ». Le MoDem plaide également pour la formation d’une grande coalition regroupant tous les réformistes du centre, du centre-gauche et de la droite modérée afin de mener, sur la base du compromis le plus large possible, les réformes dont le pays a besoin.

On voit donc que l’UDI et le MoDem incarnent deux visions différentes du centrisme. A l’UDI, on considère que, pour exister politiquement, le centre doit rester allié à la droite républicaine. Au MoDem, on cherche à édifier un centre indépendant qui aurait vocation à devenir le pivot de majorités nouvelles dépassant les clivages politiques traditionnels. Tout le monde, à l’UDI et au MoDem, veut un courant centriste « fort et indépendant », mais le centre peut-il vraiment être les deux à la fois? Pour être fort, le centre a besoin de la droite. Pour être totalement indépendant, il doit rompre avec la logique d’alliance et prendre le risque d’être sous-représenté au Parlement. Dans le cadre des institutions actuelles, et avec un scrutin majoritaire aux législatives, les centristes ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. En 2012, le MoDem a choisi d’être indépendant et l’a payé très cher, puisque seuls deux députés MoDem ont été réélus. Quant aux députés UDI, ils disposent de leur propre groupe à l’Assemblée Nationale mais doivent se contenter de n’être qu’une « force d’appoint » pour la droite.

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3 réflexions sur “UDI, Modem: quelles différences?

  1. Excellente analyse. Une feuille de papier à cigarette différencie les deux formations. Juste un détail, de taille, Jean-Christophe Lagarde est là et bien là. Qui arbitre l’influence des partis, leur notoriété ? Il ne faut pas oublier que tant qu’il y aura des journalistes pour faire des supputations idéologiques sur la base de trois partis FN, Ps, UMP, dont deux capables de gouverner, et que donc dans leur caboche, le centre est inexistant;
    nous ne pourrons pas avancer. Or l’enjeu est là, les média doivent placer le Centre, au centre de l’échiquier politique, et le considérer comme un parti de gouvernement. C’est ce combat que mène Jean-Christophe Lagarde avec un certain succès depuis son élection à la Présidence de l’UDI. Et , lui aussi prêche pour un centre indépendant capable quand c’est nécessaire de s’allier à la droite contre la gauche. Et lui aussi ne récuse personne se disant social-démocrate.
    Quand à la Présidentielle, je crois qu’il est trop tôt pour établir des plans sur la comète. Pour le coup, il faut faire confiance aux instituts de sondage et voir si une personnalité du centre émerge, François Bayrou est bien sûr dans la course, mais si la bonne stratégie est de ne pas avoir de candidat centriste, mais un seul candidat de droite soutenu par un ensemble de militants portants des valeurs compatibles, alors, pour gagner, il faudra savoir se rassembler sous le même drapeau ..

    • Merci, cher Monsieur, pour vos remarques. Il est vrai que mon article ne mentionne pas J.C. Lagarde. La raison est simple: cet article a été publié avant l’élection de J.C. Lagarde à la tête de l’UDI, à une époque où Yves Jégo assurait la présidence intérimaire du parti. Mais vous avez raison: J.C. Lagarde joue pleinement son rôle de leader et s’efforce de donner à sa famille politique une plus grande visibilité médiatique. Cela étant, J.C. Lagarde reste en partie prisonnier du système bipolaire qu’il prétend contester, car il considère toujours l’UMP comme un partenaire « naturel » et désigne le PS comme seul responsable de l’absence d’alliance avec le centre.
      Il est urgent que le centre se rassemble. La division UDI/Modem est artificielle et contre-productive.

      • La division UDI/MoDem est artificielle et contre productive. A mon avis , elle n’est qu’une étape nécessaire à la cicatrisation d’anciennes blessures. Des divisions de sensibilités ou d’égo. Sensibilité, quand il est encore reproché son choix contre Nicolas Sarkozy, choix partagé par de nombreux militants. D’égo, quand aux ressentiments d’Hervé MORIN qui se croit incontournable. Donc, division artificielle, est une évidence, puisque l’UDF est l’origine de l’union sur les valeurs centristes. Je ne partage pas la notion de contre productive, mais cela deviendrait vrai si cette situation devait perdurer. Mais, il faut savoir aussi laisser au temps de faire son travail. Chaque jour apporte sa contribution .

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