Sarkozy, l’Europe et Schengen: halte à la démagogie!

Jeudi 22 mai, Le Point a publié une tribune de Nicolas Sarkozy sur l’Europe. L’ancien chef de l’Etat y exprime son attachement à l’Union européenne, et souligne la nécessité d’une Europe forte et unie (jusque là, tout va bien, l’intention est même assez louable). Mais les choses partent en sucette quand Nicolas Sarkozy propose de supprimer l’accord de Schengen et de le remplacer par un « Schengen II » qui laisserait à chaque Etat européen le soin de contrôler les frontières de son propre territoire.

Sarkozy propose donc de remettre en cause l’un des acquis majeurs de l’Europe: la liberté de circulation des Européens dans l’espace communautaire. Il défend la liberté de circulation pour les biens, les services et les capitaux, mais pas pour les personnes. Nicolas Sarkozy ne parle pas des conséquences très lourdes qu’aurait la suppression de l’espace Schengen pour les transporteurs et pour les travailleurs transfrontaliers. Il ne parle pas non plus du coût exorbitant qu’auraient, pour chaque Etat, la réouverture de postes-frontières et le rétablissement des contrôles de douane aux frontières (le même Sarkozy nous expliquait il n’y a pas si longtemps que l’Etat français vivait au-dessus de ses moyens et devait faire des économies).

Mais le plus gênant, c’est que Nicolas Sarkozy justifie sa proposition par des arguments fallacieux. Il dit en effet que l’accord de Schengen permet à tous les étrangers extracommunautaires en situation régulière de s’installer librement dans l’Etat européen proposant les prestations sociales les plus avantageuses (comprenez: tous les immigrés qui sont entrés en Europe peuvent venir profiter du système social français…). Cela est faux. Les permis de séjour n’ont rien à voir avec Schengen. Un étranger disposant d’un permis de séjour dans l’un des Etats membres n’a pas le droit de s’installer librement dans n’importe quel autre Etat européen de son choix. C’est d’ailleurs ce qu’a montré l’affaire Leonarda: les parents de la jeune Kosovare avaient un permis de séjour italien mais vivaient illégalement en France, et ont été expulsés.

Si Nicolas Sarkozy pense qu’il faut renégocier l’accord de Schengen, pourquoi le dit-il seulement maintenant, trois jours avant le scrutin européen? Pourquoi n’a-t-il pas agi lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur ou lorsqu’il était Président de la République? La réponse est simple: les partenaires de la France auraient refusé de remettre en cause l’acquis de Schengen. Comme l’écrit la députée européenne centriste Sylvie Goulard dans Le Monde du samedi 24 mai, Nicolas Sarkozy a voulu remettre l’immigration au centre des débats pour tenter de ramener vers l’UMP les électeurs du Front National, comme il avait déjà tenté de le faire en 2007. Ce discours est à la fois démagogique et hypocrite: Sarkozy prétend défendre l’Europe tout en proposant de la défaire.

Il ne faut évidemment pas défaire l’espace Schengen, mais l’améliorer. Il faut notamment renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’Europe en augmentant les moyens de l’agence Frontex. Mais il faut aussi uniformiser les politiques d’immigration et les droits d’asile des Etats membres. Enfin, il faut aider les pays d’émigration à se développer et à se stabiliser politiquement, dans le cadre de la politique de voisinage de l’Union européenne. L’immigration ne peut pas et ne doit pas rester une question nationale, elle doit être gérée à l’échelle européenne.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s