Cinq visages pour l’Europe, et un avant-goût de démocratie fédérale

Jeudi 15 mai, à Bruxelles, les cinq candidats à la présidence de la Commission européenne ont débattu pendant 1h30. Ce débat est historique : pour la première fois, des millions de téléspectateurs européens ont pu suivre, en direct, un débat démocratique opposant cinq prétendants à la présidence de la Commission, cinq personnalités politiques européennes de premier plan incarnant cinq visions différentes de l’Europe. Le débat a permis de « dénationaliser » les enjeux, et a montré que les réponses aux grands défis actuels devaient être des réponses européennes, et non des réponses nationales (relance de la croissance, politique d’immigration, changement climatique, transition énergétique, lutte contre la spéculation…). Pendant 1h30, celles et ceux qui ont suivi ce débat ont eu l’impression qu’une véritable démocratie fédérale européenne était en train d’émerger. Et c’est une très bonne chose.

En raison des règles très contraignantes imposées aux candidats (chaque participant disposait d’une minute pour répondre à chaque question posée), les téléspectateurs ont eu le sentiment d’assister à une succession de petits monologues plutôt qu’à un véritable débat. Mais les candidats se sont comportés de façon exemplaire, ils se sont montrés courtois les uns envers les autres, ils ont respecté les règles du débat  et ont pris soin de ne jamais se couper la parole. Le débat a également permis aux téléspectateurs de mieux connaître les cinq candidats, leurs idées, leur personnalité, leur style. Malheureusement, France Télévisions est passé totalement à côté de cet événement en choisissant de ne pas le retransmettre (quelle aberration de la part du service public…). Les Français ont néanmoins pu regarder le débat en direct sur d’autres chaînes (dont I-Télé) et sur Internet.

Rappelons que le choix du président de la Commission européenne est déterminant. La Commission a un rôle essentiel puisqu’elle est chargée de faire appliquer les traités européens et d’élaborer les directives et les règlements qui seront, ensuite, ratifiés par le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’Union. Depuis 10 ans, la Commission est présidée par le Portugais José Manuel Barroso, archétype du technocrate européen non élu, mal aimé des citoyens mais apprécié des gouvernements européens pour sa docilité et son absence de charisme. Mais il ne fait aucun doute que le prochain président de la Commission jouira d’une légitimité plus grande : gageons qu’il sera capable de donner un nouveau souffle à une Europe en crise.

Les trois favoris

Le Luxembourgeois Jean-Claude Junker est le représentant du PPE (Parti Populaire Européen), le grand parti de la droite européenne, soutenu en France par l’UMP. Junker est une personnalité politique de premier plan au sein de l’Union européenne : président de l’Eurogroupe, il fut aussi Président du Parlement européen. C’est un homme brillant et expérimenté. Pendant le débat, cet apôtre de la rigueur budgétaire a défendu son bilan à la tête de l’Eurogroupe, et a tenté de justifier les politiques d’austérité, impopulaires et vivement critiquées. Il s’est déclaré favorable à une relance de l’économie par des investissements publics, en précisant que le retour à l’équilibre budgétaire des Etats était une condition préalable à toute politique de relance, car on ne peut pas investir l’argent qu’on n’a pas. Les interventions de Jean-Claude Junker furent brèves et souvent lapidaires : Junker fut d’ailleurs le seul candidat à ne pas utiliser la totalité du temps qui lui était imparti.

L’Allemand Martin Schulz est le représentant du PSE (Parti Socialiste Européen) et l’actuel président du Parlement européen. Il a mis en avant la lutte contre la fraude fiscale, et plaidé pour une Europe plus sociale et plus démocratique, capable de soutenir la croissance et de résorber la crise des dettes souveraines. Martin Schulz a critiqué les politiques d’austérité menées par les conservateurs, mais le candidat socialiste est dans une situation délicate car plusieurs gouvernements socialistes européens ont cautionné des politiques d’austérité budgétaire après la crise de 2008.

Le Belge Guy Verhofstadt est le candidat du Parti Démocrate Européen, parti centriste et fédéraliste (il est soutenu par le Modem et l’UDI). Son dynamisme, son engagement européen et sa connaissance de la vie politique européenne sont ses points forts. Verhofstadt a défendu un projet ouvertement fédéraliste fondé sur une plus forte intégration et sur la mise en place d’une véritable gouvernance politique de la zone euro. Il a défendu la monnaie unique et insisté sur la nécessité d’une Europe forte et unie, dotée d’une véritable politique de défense et de sécurité commune et capable de parler d’une seule voix sur la scène internationale. Guy Verhofstadt a également défendu les libertés individuelles et plaidé pour des mesures européennes de lutte contre les discriminations. Il a déclaré que la relance de l’économie devait passer par l’émergence de nouveaux marchés européens dans tous les secteurs d’avenir capables de générer de l’emploi (numérique, télécommunications, énergies vertes, etc.). Guy Verhofstadt a tenté de politiser le débat en interpellant ses adversaires et en critiquant leur programme.

Les « outsiders »

Le Grec Alexis Tsipras, candidat du Parti de la Gauche Européenne (parti antilibéral soutenu en France par Jean-Luc Mélenchon), a vigoureusement condamné les politiques d’austérité, auxquelles il veut mettre un terme. Il a dénoncé une Europe jugée « ultralibérale », qui selon lui privilégie les banques et le patronat au détriment des citoyens.

L’écologiste allemande Ska Keller, seule femme parmi les cinq compétiteurs, fut la révélation de ce débat : la candidate du Parti Vert Européen, peu connue du public et beaucoup plus jeune que ses concurrents, brilla par son dynamisme, son assurance et son enthousiasme. Elle apporta beaucoup de fraîcheur au débat. Elle critiqua les politiques d’austérité budgétaire et plaida pour une Europe fédérale et pour le développement d’une économie verte, capable d’améliorer la qualité de vie des Européens et de générer des emplois durables.

Publicités

Une réflexion sur “Cinq visages pour l’Europe, et un avant-goût de démocratie fédérale

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s