Municipales : le premier tour, vu du centre

Les grandes leçons du scrutin

Marine Le Pen et Steeve Briois.

Quatre leçons peuvent être tirées de ce premier tour. Tout d’abord, une abstention record (plus de 38%). Deuxièmement : la percée du Front National. A Hénin-Beaumont, Steeve Briois est élu maire dès le premier tour. Le FN arrive en tête dans une quinzaine de villes (Perpignan, Fréjus, Forbach, Avignon, Béziers, etc.), et pourrait se maintenir au second tour dans près de 200 villes. Troisième leçon : la droite et le centre réalisent de bons scores. Plusieurs ténors de l’UMP sont réélus dans leur fief dès le premier tour, comme Alain Juppé à Bordeaux, Jean-François Copé à Meaux, Eric Woerth à Chantilly ou Xavier Bertrand à Saint-Quentin. L’UMP menace également de prendre plusieurs grandes villes au PS, comme Toulouse ou Strasbourg. Quatrième leçon : un net recul de la gauche. Le PS perd la ville de Niort dès le premier tour et arrive deuxième dans plusieurs grandes villes actuellement gérées par la gauche (Toulouse, Strasbourg, Angers, Reims, etc.). Si Laurent Fabius (à Grand-Quevilly) et Michel Sapin (à Argenton-sur-Creuse) sont réélus dès le premier tour, en revanche plusieurs barons du PS ont été mis en ballotage, comme Gérard Collomb à Lyon et Martine Aubry à Lille. A Paris, la candidate socialiste Anne Hidalgo arrive deuxième derrière NKM, mais reste favorite pour le second tour. Mais c’est à Marseille que le PS a subi sa plus grosse « claque » électorale, puisque le candidat socialiste Patrick Mennucci arrive troisième derrière l’UMP et le FN. Quoi qu’en dise la rue de Solferino, le PS a donc bel-et-bien été sanctionné au premier tour. La gauche a également été victime de l’abstention élevée.

Les bons résultats du centre

A. Juppé et Fr. Bayrou à Pau.

Plusieurs centristes sont élus dès le premier tour : Hervé Morin à Epaignes, André Santini à Issy-les-Moulineaux, Jean-Christophe Lagarde à Drancy ou encore Yves Jégo à Montereau-Fault-Yonne. A Pau, François Bayrou arrive en tête : le président du Modem, qui a déjà tenté sans succès de prendre la mairie à deux reprises, pourrait bien gagner son pari cette fois-ci puisqu’il a récolté plus de 40% des voix au premier tour, mais rien n’est joué car son concurrent socialiste David Habib a des réserves de voix pour le second tour. Les succès du centre doivent cependant être relativisés, car les bons résultats des candidats centristes s’expliquent en grande partie par l’alliance avec l’UMP : à Pau, l’UMP n’a présenté aucun candidat face à Bayrou, et le maire de Bordeaux Alain Juppé s’est rendu personnellement sur place pour soutenir le centriste. A Bordeaux, l’UDI et le Modem ont fait campagne aux côtés d’Alain Juppé, réélu dès le premier tour avec 60% des voix. A Paris, l’UDI et le Modem ont soutenu Nathalie Kosciusko-Morizet : Marielle de Sarnez (vice-présidente du Modem) et Chantal Jouanno (vice-présidente de l’UDI) ont fait campagne avec la candidate UMP. En revanche, les candidats centristes qui n’ont pas conclu d’alliance avec l’UMP dès le premier tour ont été battus, comme Pierre Coinaud à Limoges. Le centre ne sort donc pas renforcé de ce premier tour : il est toujours dépendant de la droite, aussi bien localement que nationalement. Et n’oublions pas que dans certaines villes, les municipales ont profondément divisé le camp centriste : ainsi, à Marseille, Bayrou et l’UDI ont soutenu le maire UMP Jean-Claude Gaudin, tandis que Jean-Luc Bennahmias et l’aile gauche du Modem ont choisi de soutenir le candidat socialiste Patrick Mennucci.

L’enjeu de l’entre-deux-tours : accepter ou refuser le « front républicain »

Yves Jégo.

La question centrale qui se pose désormais aux centristes et à la droite est la suivante : que faire dans les villes où la gauche est arrivée en tête au premier tour et où le second tour oppose la gauche, la droite et le FN dans le cadre d’une triangulaire ou d’une quadrangulaire ? Faut-il maintenir coûte que coûte les candidats du centre et de la droite, au risque de faire élire un maire frontiste ? Ou faut-il accepter la logique du « front républicain » et s’unir à la gauche pour barrer la route au FN ? L’UMP a d’ores-et-déjà fait savoir qu’elle refusait le front républicain : c’est la règle du « ni PS ni FN » qui l’emporte. Pour Jean-François Copé, aucun désistement ne peut être envisagé en faveur de la gauche. Le président de l’UMP appelle les électeurs du FN à reporter leur vote sur la droite au second tour afin de ne pas favoriser la gauche. Les électeurs du FN entendront-ils cet appel au « vote utile » ? Rien n’est moins sûr, et la stratégie de l’UMP pourrait bien s’avérer suicidaire dans les villes où la gauche est arrivée en tête. Du côté des centristes, l’idée d’un « front républicain » au second tour semble mieux acceptée. L’UDI appelle ses candidats à se désister en faveur de la gauche pour faire barrage au FN. Avant l’élection, Yves Jégo avait déjà déclaré qu’au second tour, les candidats du centre devaient tout faire pour empêcher l’élection de maires frontistes, quitte à se désister en faveur de candidats socialistes. Cependant, la posture d’Yves Jégo ne fait pas l’unanimité à l’UDI, et d’autres personnalités du mouvement, comme Hervé Morin, ont exprimé de fortes réticences à l’idée d’un rapprochement avec la gauche. Tous les centristes devraient normalement être prêts à dépasser, localement, le clivage traditionnel droite/gauche pour faire barrage au Front National. Quand une mairie est à deux doigts de tomber dans les mains du FN, la victoire de la gauche n’est-elle pas un moindre mal ? Quoi qu’il en soit, les candidats centristes pourront difficilement suivre la ligne défendue par Jégo et l’UDI, car ils sont « prisonniers » de leur alliance avec l’UMP. De plus, la stratégie du front républicain comporte un inconvénient majeur : en s’alliant à la gauche, les candidats du centre et de la droite risquent d’alimenter la confusion des électeurs et de donner au FN des arguments pour dénoncer les « connivences » entre les partis traditionnels (c’est le fameux thème de « l’UMPS » cher à Marine Le Pen). A priori, le seul point sur lequel le centre et l’UMP sont d’accord, c’est le refus de toute alliance avec un candidat frontiste au second tour. Pour le reste, ce sera du cas par cas : tout dépendra de la situation locale et du rapport de force entre la gauche et la droite.

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