L’Ukraine amputée

Soldats russes en Crimée (francetv.info).

La Crimée, désormais, est une province russe. Poutine, à l’insu du gouvernement de Kiev et en dépit des pressions occidentales, vient d’annexer ce territoire qui, depuis 50 ans, faisait partie intégrante du territoire ukrainien. Le référendum du 16 mars a été organisé dans la plus totale illégalité: cette procédure n’est pas conforme à la constitution ukrainienne, le vote a été organisé par un gouvernement régional putschiste sans l’accord du gouvernement ukrainien et sous la pression de l’armée russe, le scrutin s’est déroulé dans un contexte d’occupation militaire russe et d’intense propagande anti-ukrainienne et anti-occidentale, et le secret des urnes n’a pas été respecté (absence d’enveloppes, urnes transparentes). Mais ce qui est plus grave, c’est que l’annexion de la Crimée remet en cause le principe de l’inviolabilité des frontières: si l’on accepte l’annexion de la Crimée, on admet aussi que n’importe quelle province ayant des velléités indépendantistes puisse faire sécession par simple référendum. Pour justifier cette annexion devant la communauté internationale, Poutine a brandi le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et a comparé la Crimée au Kosovo. Mais l’argument est irrecevable: la Crimée n’est pas le Kosovo. L’indépendance du Kosovo, comme celles de la Croatie, de la Slovénie, de la Bosnie et du Monténégro, est le résultat d’un long processus de désagrégation de l’ex-Yougoslavie: rien de comparable en Ukraine. En outre, l’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 était justifiée par une urgence humanitaire, à savoir les crimes de masse commis par le gouvernement serbe de Slobodan Milosevic à l’encontre des Albanais du Kosovo. Or, les habitants de Crimée, qu’ils soient pro-russes ou pro-ukrainiens, n’ont jamais été inquiétés par le gouvernement ukrainien. En revanche, depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, des mesures de répression contre les militants pro-ukrainiens ont été mises en œuvre. Poutine se moque bien du droit international. Le jour où les Tchétchènes demanderont l’indépendance à la Russie, nous verrons bien si Poutine défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et s’il accorde au peuple tchétchène la possibilité d’organiser un référendum… En réalité, Poutine détourne le droit international de façon à servir ses intérêts et à justifier une politique expansionniste visant l’annexion pure et simple de toutes les provinces russophones. Après la Crimée, Donetsk?
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