Exigeons une vraie réforme territoriale, mais refusons le charcutage

Une réforme territoriale est évidemment nécessaire. Dans notre pays, la décentralisation est restée inaboutie et manque d’efficacité. La France compte 27 régions, 101 départements, 36.000 communes et 2.500 établissements publics de coopération intercommunale. Certaines compétences sont partagées entre différentes collectivités, ce qui génère des gaspillages. De plus, la lourdeur et la complexité des démarches administratives constituent un frein à la croissance : comme le déclare Philippe Richert (président UMP de la région Alsace) dans Le Point, quand une entreprise veut se développer, elle doit taper à toutes les portes: mairies, intercommunalités, départements, régions…, bref, c’est un vrai casse-tête.

Il faut impérativement renforcer le pouvoir des régions, simplifier le « mille-feuilles territorial » et réaliser des économies dans les dépenses des collectivités. Le projet de réforme territoriale débattu au Parlement manque cruellement d’ambition et ne propose rien d’innovant. Pourtant, les idées existent. La plupart des mesures préconisées par le Comité Balladur en 2009 sont pleines de bon sens. On peut penser, par exemple, à la réduction du nombre de régions métropolitaines ou à la fusion de Paris avec les départements de la petite couronne dans le cadre d’un « Grand Paris ». En outre, le rapport Attali de 2008 préconisait la suppression progressive des départements : cette idée n’a rien d’absurde. Certes, il n’est pas souhaitable de supprimer les départements en tant que territoires, car les Français y sont attachés : ces territoires sont une part de notre histoire, un héritage de la Révolution. Les départements pourraient donc subsister en tant que simples circonscriptions administratives pour l’action de l’Etat et de certains services publics nationaux (préfectures, caisses primaires d’assurance maladie…). Les départements existeraient toujours, ils garderaient leur nom, leur identité et leur fameux numéro. Mais il serait souhaitable de supprimer les départements en tant que collectivités territoriales, c’est-à-dire les Conseils Généraux, qui sont aujourd’hui « pris en étau » par le renforcement des régions et le développement des structures intercommunales. Les départements sont aujourd’hui des guichets d’aide sociale (RSA) et ont également la charge des collèges et de certaines routes : ces différentes compétences pourraient être partagées entre les régions et les intercommunalités.

Cependant, la suppression des départements fait grincer des dents parmi les élus locaux. Quant à l’idée d’un redécoupage des régions, elle soulève des problèmes assez délicats: sur le principe, tout le monde est d’accord pour renforcer le poids des régions, mais jusqu’à présent, aucune solution vraiment satisfaisante n’a été trouvée. Le Comité Balladur propose de passer de 22 à 15 régions métropolitaines en fusionnant certaines régions, et en démantelant d’autres régions. Certaines « fusions » semblent assez naturelles et sont largement approuvées par les habitants, comme la fusion de la Haute-Normandie avec la Basse-Normandie. En revanche, la fusion de l’Alsace et de la Lorraine est mal acceptée par ces deux régions qui ont chacune une identité forte.

Le démembrement pur et simple de certaines régions est encore plus difficile à accepter, et relève davantage du « charcutage » que de l’aménagement. Trois régions sont ainsi menacées : Pays de la Loire, Languedoc-Roussillon et Picardie. Il est vrai que les régions sont des créations plus récentes que les départements, et que beaucoup d’entre elles ont une identité très artificielle (voire pas d’identité du tout). Mais en tant que Picard, je m’interroge sur la pertinence d’un éclatement de la région Picardie, qui fait partie des (rares) régions françaises ayant une véritable identité culturelle et historique. Le picard était au Moyen-âge la langue parlée dans tout le nord de la France (le ch’ti, c’est du picard !). La Picardie est une terre marquée par l’essor de l’art gothique entre le XIIème et le XVème siècle (cathédrales de Noyon, de Beauvais, de Senlis, de Laon, de Soissons, d’Amiens, collégiale de Saint-Quentin, etc.). C’est aussi une terre profondément marquée par la Première Guerre mondiale : traversée par la ligne de front, elle fut labourée par les obus et arrosée par le sang de millions de combattants (Bataille de la Somme en 1916, Bataille du Chemin des Dames en 1917…). Au mépris de l’histoire et de l’identité régionale, le Comité Balladur a proposé de supprimer la région Picardie, puis de rattacher la Somme au Nord-Pas-de-Calais, l’Oise à l’Île-de-France, et l’Aisne à la région Champagne-Ardenne. Un tel charcutage est-il vraiment nécessaire ? Est-il pertinent de rattacher l’Oise à l’Île-de-France, alors que cette région est déjà la plus riche et la plus peuplée ? Est-il pertinent de rattacher l’Aisne à la région Champagne, alors que tout le nord de l’Aisne est, historiquement et culturellement, beaucoup plus proche du Nord que de la Champagne ? Ne serait-il pas préférable de fusionner la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais (deux régions culturellement très proches) dans le cadre d’une grande région Nord-Picardie ?

Source: lepoint.fr

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