Versailles sous la Révolution: le « Berceau de la Liberté »

Pour beaucoup de gens, Versailles et son château symbolisent, à juste titre, la monarchie absolue. Mais Versailles est aussi le berceau de la Révolution française : la ville fut d’ailleurs surnommée « Berceau de la Liberté » par les Révolutionnaires. Cet article vous propose un petit pèlerinage historique sur quelques hauts lieux du « Versailles révolutionnaire ».

L’Hôtel des Menus Plaisirs : ci-gît l’Ancien Régime

Coincé entre l’avenue de Paris, la rue de l’Assemblée nationale et la rue des Etats Généraux, l’Hôtel des Menus Plaisirs est aujourd’hui un centre de musique baroque, devant lequel on passe rapidement sans vraiment y prêter attention. C’est pourtant là que la Révolution a commencé. Avant 1789, les Menus Plaisirs étaient le lieu où l’on entreposait les décors, costumes et accessoires des spectacles royaux. C’est dans la grande salle des Menus Plaisirs qu’en mai 1789 se réunissent les Etats Généraux, assemblée regroupant les députés des trois ordres (noblesse, clergé et tiers état). Tombée aux oubliettes après 1614, cette institution a été « ressuscitée » par Louis XVI : le roi espère ainsi trouver une issue à la crise financière du royaume. Mais les choses ne prennent pas la tournure qu’espérait Louis XVI car les députés du tiers état, qui représentent à eux seuls plus de 90% de la population, entrent en conflit avec le roi et les ordres privilégiés, et se proclament Assemblée Nationale. Le 4 août 1789, c’est aux Menus Plaisirs que l’Assemblée Nationale, devenue entre-temps Assemblée Constituante, vote l’abolition des privilèges. Peu après, le 26 août 1789, c’est encore aux Menus Plaisirs que les députés votent la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, inspirée des idées des Lumières (égalité des droits, séparation des pouvoirs, souveraineté nationale, liberté d’expression, etc.) : ce texte fondateur met fin à la monarchie absolue et fait entrer la France dans la modernité politique.

Etats Généraux de 1789.

La Salle du Jeu de Paume : une Constitution sinon rien

Le jeu de paume, ancêtre de la pelote basque et du tennis, était un sport très populaire dans la France d’Ancien Régime. Ce sport était alors pratiqué dans de grandes salles dotées d’une galerie qui faisait le tour du terrain et permettait aux spectateurs de suivre les matchs (d’où l’expression « épater la galerie »). A vrai dire, rien ne prédestinait la Salle du Jeu de Paume de Versailles à entrer dans l’histoire. Le 20 juin 1789, Louis XVI fait fermer l’Hôtel des Menus Plaisirs où s’étaient réunis les Etats généraux : sur une suggestion du député Guillotin (qui donnera son nom à la tristement célèbre guillotine), les députés du tiers état, qui se sont proclamés Assemblée Nationale, décident alors de se réunir dans la Salle du Jeu de Paume, où ils prêtent le serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France. L’Assemblée Nationale devient ainsi une « Assemblée Constituante ». Le fameux Serment du Jeu de Paume, rédigé par l’abbé Sieyès et lu à l’assemblée par Bailly, a été immortalisé par une toile inachevée du peintre Jacques-Louis David. La première constitution écrite de la France verra le jour en 1791 : fondée sur la séparation des pouvoirs et le principe de souveraineté de la nation, elle mettra en place une monarchie constitutionnelle, qui échouera dès 1792 à cause de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes. Aujourd’hui, la Salle du Jeu de Paume de Versailles est toujours visible dans la petite rue qui porte son nom, à quelques encablures du château.

J.L. David, Le Serment du Jeu de Paume.

Saint-Louis : l’église transformée en tribune politique

L’actuelle cathédrale Saint-Louis est un bel édifice de style « rococo » construit au milieu du XVIIIème siècle par Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne. Il s’agit à l’origine d’une simple église paroissiale, qui ne deviendra cathédrale qu’en 1790. Le 4 mai 1789, une grande messe est donnée à Saint-Louis pour l’ouverture des Etats Généraux : à cette occasion, Monseigneur de La Fare, évêque de Nancy et député du clergé, prononce un sermon inattendu dans lequel il dénonce le luxe de la cour : l’évêque est applaudi dans l’église, sous l’œil médusé de Marie-Antoinette qui, ce jour-là, arbore une magnifique robe d’or et d’argent. En juin 1789, l’église est investie par les députés après la fermeture de la salle des Menus Plaisirs : c’est à Saint-Louis que, le 22 juin, les députés du clergé signent le Serment du Jeu de Paume, approuvé auparavant par les députés du tiers état.

Le Château de Versailles : les Journées d’Octobre et le départ du roi

Le 5 octobre 1789, alors que le pain manque à Paris, une foule de Parisiens armés, principalement composée de femmes, se rend jusqu’à Versailles. Après une visite à l’Assemblée, les Parisiens se pressent contre les grilles du château pour aller chercher « le Boulanger, la Boulangère et le petit mitron » (comprenez : le roi, la reine et le dauphin). Dans la nuit du 5 au 6 octobre, la situation dérape : un garde du château tire sur l’un des Parisiens. Un groupe d’insurgés parvient alors à pénétrer dans le château et crie « A mort la reine ! » : Marie-Antoinette, terrifiée, échappe de justesse aux assaillants en quittant sa chambre et en rejoignant « l’antichambre à l’œil-de-bœuf », tandis que dehors, La Fayette ramène le calme. Finalement, le 6 octobre, sous la pression de la foule, Louis XVI et Marie-Antoinette acceptent de quitter le château de Versailles pour s’installer aux Tuileries. Les députés, eux aussi, quittent Versailles. Avec le déménagement du roi et de l’Assemblée à Paris, Versailles perd son statut de capitale. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, le Château de Versailles n’a été ni pillé ni saccagé à la Révolution. Après le départ de Louis XVI, le château est entièrement vidé : les meubles sont emmenés dans des garde-meubles et les œuvres d’art sont installées au Louvre. Après l’exécution de Louis XVI en 1793, le mobilier du château est inventorié par la Convention, et vendu aux enchères.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s