La laïcité est un combat, non une capitulation

Cinq groupes de travail sur la refondation de la politique d’intégration viennent de remettre leurs conclusions à Jean-Marc Ayrault. L’un des rapports, intitulé Faire société commune, aborde, entre autres, le sujet de la laïcité. Les auteurs préconisent d’assouplir la législation sur le port de signes religieux à l’école : cette législation est en effet jugée « discriminatoire », elle empêcherait l’intégration des élèves musulmans et favoriserait une « perte de confiance dans l’école ». A rebours de cette laïcité « orthodoxe et néo-républicaine », les auteurs prônent une laïcité « libérale et inclusive », une « laïcité de compromis » qui reposerait sur une renégociation perpétuelle de « ce qui fait le commun ».

Je suis consterné. Espérons que le Premier Ministre balaiera d’un revers de main ces propositions affligeantes, et qu’il n’aura pas l’imprudence de revenir sur la loi de 2004 interdisant « le port de signes par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ».

Notre modèle de laïcité à la française est qualifié de « laïcité orthodoxe et néo-républicaine ». Mais pourquoi « orthodoxe » ? Ce qualificatif est absurde ! La laïcité n’est pas une religion, elle n’est pas un dogme, elle est la condition même du vivre-ensemble et du respect de la liberté de conscience. « Néo-républicaine » ? Ce mot ne veut rien dire ! Pourquoi « néo » ? Républicaine tout court ! Et la loi de 2004 ? Une loi « discriminatoire » ? Certainement pas ! Les auteurs du rapport font une fixation sur le voile islamique, alors que la loi concerne toutes les religions !

Quant à cette laïcité « libérale » qu’on essaie de nous vendre, il s’agit plutôt d’une laïcité a minima. On nous vante les vertus d’une laïcité « de compromis », comme si dans notre pays la laïcité s’était construite sur un refus du compromis. Mais bon sang ! Depuis 1905, la laïcité en France n’a été qu’une affaire de compromis ! La séparation des Eglises et de l’Etat est un compromis. Même la loi de 2004, présentée à tort comme une loi dogmatique, est un texte de compromis qui a été longuement négocié : cette loi, courageusement défendue en 2004 par Jacques Chirac et par le ministre de l’Education nationale Luc Ferry, ne s’applique qu’aux signes ostentatoires et tolère les signes discrets ; de plus, elle prévoit un protocole de dialogue avec l’élève et la famille et n’envisage de sanction qu’en dernier recours. D’ailleurs, depuis presque 10 ans, cette loi est appliquée sans difficultés, dans une relative sérénité ; les cas d’expulsion ont été rarissimes ; les élèves acceptent cette règle sans broncher, y compris les jeunes filles musulmanes qui ont l’habitude de porter le voile en dehors de leur établissement.

L’école de la République ne laisse aucune place aux appartenances religieuses. En ce sens, elle place  tous les élèves sur un pied d’égalité : ce qui les unit doit prévaloir sur ce qui les différencie. L’école est le lieu où un petit musulman cesse d’être un musulman, où un petit juif cesse d’être un juif, où un petit catholique cesse d’être un catholique : à l’école, les élèves cessent d’être les « représentants » d’une communauté particulière ou d’une confession particulière, et sont considérés uniquement en tant que personnes, en tant qu’élèves, en tant que citoyens en devenir. L’école de la République n’est pas un lieu comme les autres, elle n’est pas un lieu où l’on affiche et où l’on revendique sa foi : la religion est une affaire privée, et tout ce qui tend à véhiculer une quelconque forme de prosélytisme religieux doit rester à l’extérieur de l’école. A cette laïcité-là, les auteurs du rapport opposent une laïcité minimaliste à l’anglo-saxonne, qui ouvrirait la porte aux signes religieux et s’accommoderait des revendications communautaires. Eh bien moi je préfère la laïcité à la française, car c’est la nôtre, une laïcité stricte dans son principe, mais garante d’égalité et de neutralité. Remettre en cause la loi de 2004, ce serait faire marche arrière. Ce serait capituler sous la pression de je ne sais quelles revendications communautaires. Accepter le port du voile à l’école, ce serait donner raison à ceux qui veulent imposer le voile aux jeunes musulmanes partout et tout le temps, à la maison, à l’école et dans la rue, au nom d’une vision intégriste de l’islam.

Si nous tolérons les signes religieux à l’école, alors poussons la logique plus loin : pourquoi ne pas supprimer deux fêtes « chrétiennes » parmi nos jours fériés et les remplacer par une fête juive (Yom Kippour) et une fête musulmane (l’Aïd) ? C’est exactement ce que préconise l’anthropologue Donia Bouzar, qui vient d’entrer à l’Observatoire de la Laïcité et qui fait partie des opposants actifs à la loi de 2004. Allons-y ! L’école de la République va déjà très mal : achevons-là à coups de pieds, en chantant joyeusement les bienfaits du multiculturalisme.

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Une réflexion sur “La laïcité est un combat, non une capitulation

  1. entièrement d’accord. La laïcité ce n’est pas une opinion, mais la possibilité d’en défendre une.
    La laïcité à la française ( qui est d’ailleurs une valeur libérale, au sens noble et classique) a dû se faire parfois offensive face à une Eglise qui n’admettait pas le pluralisme. Aujourd’hui, la grande masse des catholiques l’a admise.
    Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les musulmans? Il ne faut pas que la république abandonne les banlieues aux islamistes venus de l’étranger. Elle doit faire de réels efforts pour intégrer ces jeunes déboussolés à la communauté nationale.

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