Der Kompromiss

Angela Merkel.

La chancelière Angela Merkel vient d’annoncer qu’elle acceptait l’instauration d’un salaire minimum généralisé en Allemagne. En effet, il n’existe pas, en Allemagne, de salaire minimum garanti pour l’ensemble des salariés: dans certaines branches, un salaire minimum a été négocié entre les représentants syndicaux et patronaux, mais cela ne concerne pas tous les secteurs, et de nombreux Allemands ont des salaires de misère, parfois inférieurs à 2 euros de l’heure (à titre de comparaison, en France, le SMIC horaire est d’environ 9,40 euros brut, soit 7,40 euros net). Pourtant, Angela Merkel et son parti, traditionnellement libéraux, se sont toujours opposés à l’instauration d’un salaire minimum généralisé. L’annonce de la chancelière a d’ailleurs inquiété les chrétiens-démocrates les plus conservateurs, qui refusent toute incursion de l’Etat dans la vie des entreprises et qui craignent les retombées néfastes que pourrait avoir sur l’emploi la création d’un salaire minimum. Pourquoi Merkel a-t-elle changé d’avis? Aurait-elle décidé soudainement d’améliorer le sort des millions de travailleurs pauvres qui vivent (ou plutôt survivent) dans son pays? Non: la chancelière a fait volte-face pour des raisons purement politiques. Obligée de former un gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates, Merkel a dû faire des concessions à ses partenaires/adversaires du SPD. Or, l’instauration d’un salaire minimum était la condition sine qua non imposée par le SPD pour participer au gouvernement de Merkel. Pour que l’Allemagne puisse être gouvernée, la chancelière a donc accepté une réforme qu’elle désapprouvait sur le fond. Evidemment, les négociations entre Merkel et le SPD ne sont pas terminées. Au contraire: le montant du futur « SMIC allemand » n’a pas été fixé, et les discussions sur ce point s’annoncent houleuses. Mais ce qui se passe actuellement en Allemagne est très intéressant car la chancelière a fait preuve d’un pragmatisme tout à fait remarquable, qui semble totalement étranger aux mœurs politiques hexagonales. Les Allemands ont cet étonnant sens du compromis qui permet au centre-droit et au centre-gauche de gouverner ensemble, quand les circonstances l’exigent. C’est un peu comme si Hollande avait accepté de revenir sur les 35 heures pour gouverner avec l’UMP (totalement improbable), ou comme si Jean-François Copé avait dû accepter le « mariage pour tous » pour gouverner avec le PS (carrément inimaginable). Verra-t-on, un jour, en France, des hommes et des femmes venus du centre, de la gauche sociale-démocrate et de la droite républicaine, gouverner ensemble et négocier les réformes dont la France a besoin, en recherchant le compromis le plus large et le plus acceptable? Ou va-t-on poursuivre ad vitam aeternam la valse des alternances qui ont, depuis 30 ans, conduit notre pays au bord du gouffre?

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