Les centristes sont de retour

Conférence de presse de J.L. Borloo et F. Bayrou.

Cette fois, ça y est: lors d’une conférence de presse commune, les deux leaders centristes Jean-Louis Borloo (UDI) et François Bayrou (Modem) ont présenté ce mardi 5 novembre leur « charte de partenariat », intitulée « L’Alternative ». Sommes-nous en train d’assister à l’émergence d’un nouveau mouvement centriste indépendant et unifié, comme l’attendaient la plupart des militants et sympathisants centristes? Rien n’est gagné.

Alliance naturelle ou alliance de circonstance ?

C’est un peu les deux, mon capitaine… Sur le fond, Borloo et Bayrou ont les mêmes convictions, ils défendent les mêmes valeurs, et partagent le même diagnostic sur la situation du pays et les réformes nécessaires. Lors de leur conférence de presse, les deux hommes ont rappelé qu’ils avaient été éloignés l’un de l’autre par le jeu de la bipolarisation et des alliances électorales, mais ont souligné que leur union était devenue « nécessaire », parce que la situation catastrophique du pays et le désarroi des Français exigeaient une nouvelle offre politique au centre, une « alternative » constructive à la gauche et à la droite. Toutefois, le rapprochement UDI-Modem obéit aussi à des motifs plus pragmatiques. Bayrou et Borloo ont tous les deux échoué dans leur stratégie: en effet, Borloo a échoué dans sa tentative de « centriser » l’opposition, et Bayrou a échoué dans sa tentative de bâtir un centre indépendant. Les deux hommes avaient donc besoin l’un de l’autre pour faire exister politiquement le centre, et n’avaient guère d’autre choix que de se rapprocher.

Les grands axes de la Charte

La grande nouveauté, c’est que l’UDI et le Modem ont désormais pour objectif de présenter des listes communes aux européennes et aux municipales de 2014, et peut-être même un candidat commun pour la prochaine présidentielle. Pour le moment, Bayrou et Borloo n’ont pas encore développé de propositions concrètes, et se sont contentés d’exposer les grandes orientations de leur projet politique. Une dizaine de chantiers prioritaires ont été ciblés, dont les premiers sont celui des institutions et celui de l’éducation. François Bayrou a souligné, lors de la conférence de presse, la nécessité de modifier les règles de la représentation nationale, pour permettre à toutes les forces politiques importantes d’être représentées au Parlement. Quant à l’éducation, il s’agit de mettre en place un plan d’urgence pour combattre l’illettrisme, un problème majeur qui traduit de façon éclatante l’inadaptation de notre système scolaire.

Une nouvelle UDF ?…

La Charte clarifie le positionnement des centristes par rapport au PS et à l’UMP: le nouveau rassemblement centriste de Borloo et Bayrou se situera dans l’opposition à la politique de l’actuel gouvernement socialiste (manque de cohérence et de lisibilité, dérapage fiscal, incapacité à réformer en profondeur le pays, absence de réponse face à des problèmes majeurs tels que la compétitivité, l’illettrisme et le chômage de longue durée). La Charte écarte explicitement toute alliance avec le PS (sauf cas particuliers dans quelques municipalités); la « droite républicaine » est présentée comme un « partenaire naturel » des centristes, à condition qu’elle reste fidèle à ses valeurs humanistes. Autrement dit, le nouveau rassemblement centriste se définit clairement comme une force de centre-droit, à l’image de l’ancienne UDF. Il s’agit là d’une importante concession faite par Bayrou à Borloo. En effet, depuis 2007, Bayrou a toujours défendu une ligne de stricte indépendance à l’égard de l’UMP: il avait refusé de se rallier à Nicolas Sarkozy en 2007, et avait voté pour Hollande au deuxième tour en 2012, provoquant ainsi l’exaspération de nombreux centristes. Bayrou a finalement cédé à Borloo, en acceptant le principe d’une alliance avec la droite. Bayrou aurait-il renoncé à ses rêves d’indépendance? Oui, mais il l’a fait parce qu’il a été profondément déçu par François Hollande (et il n’est pas le seul). Cela dit, la Charte de Bayrou et Borloo affirme quand même l’indépendance des centristes, la nécessité de dépasser les clivages idéologiques traditionnels, et plaide pour un grand rassemblement réformiste allant de la droite républicaine aux « sociaux-démocrates » du centre-gauche: François Bayrou a d’ailleurs évoqué, dans sa conférence de presse, le cas de l’Allemagne, où se négocie actuellement une « grande coalition » entre la CDU et les sociaux-démocrates. Finalement, « L’Alternative » de Bayrou et Borloo ne serait-elle pas une nouvelle version de l’ancienne UDF (une « UDF 2.0 », en quelque sorte)?… Pas tout à fait, car l’Alternative n’est pas un parti politique, c’est une structure très souple, regroupant deux partis (UDI et Modem) qui sont eux-mêmes des fédérations de petits partis. L’Alternative n’est pas dotée de la personnalité juridique, et sera dirigée par un « bureau exécutif » réduit, dont les membres seront issus de l’UDI et du Modem.

Un « manifeste » centriste

La Charte constitue aussi un véritable « manifeste », qui propose une définition du centrisme d’aujourd’hui. En effet, les centristes y sont décrits comme des « humanistes », des « réformistes » et des « Européens ». Des « humanistes », parce qu’ils mettent l’épanouissement de l’homme au cœur de la politique. Des « réformistes », parce qu’ils veulent moderniser l’Etat et la société, mais préfèrent les « efforts continus » aux « ruptures violentes ». Des « Européens », parce qu’ils militent pour une Europe forte et unie: la Charte précise d’ailleurs quelles doivent être les nouvelles priorités de l’Union européenne (emploi, compétitivité des entreprises, environnement, régulation financière, lutte contre les paradis fiscaux, grandes infrastructures de transport, convergence « par le haut » des normes sociales). Le Charte réaffirme l’importance du développement durable et de l’écologie (notamment la nécessité d’une transition énergétique raisonnée), et plaide pour une maîtrise des flux migratoires (à la fois par le contrôle des frontières européennes et par une politique active de co-développement). Les centristes défendent également les corps intermédiaires, la décentralisation et les collectivités territoriales, ils refusent l’empilement des structures administratives et souhaitent une simplification du « mille-feuilles » territorial. Enfin, le centrisme est défini comme une tentative de dépassement des clivages idéologiques « usés ».

Conclusion

« L’Alternative » n’est pas encore le grand parti unifié que de nombreux centristes appellent de leurs vœux, mais constitue sans doute un bon début. Depuis 50 ans, en France, le centre n’a cessé de se décomposer et de se recomposer, de s’unir et de se disperser, en fonction de la situation politique. Le rapprochement stratégique de Borloo et de Bayrou ne doit donc pas être appréhendé comme un tournant « historique » pour le centre. Le véritable enjeu, c’est l’épreuve électorale: l’Alternative ne pourra être pérennisée que si elle obtient des scores satisfaisants en 2014.

La Charte est consultable sur le lien suivant:

http://mouvementdemocrate.fr/media/PDF/Charte-UDI-MoDem.pdf

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