L’émoi des lycéens face aux expulsions d’élèves sans-papiers

Les principaux syndicats étudiants et lycéens ont prévu pour le mardi 5 novembre de nouvelles manifestations contre les expulsions d’élèves étrangers scolarisés en France. Aujourd’hui, lundi 4, plusieurs lycées parisiens connaissent déjà de fortes perturbations, notamment des blocages. Cette mobilisation lycéenne fait suite à l’expulsion de la collégienne kosovare Leonarda, ainsi qu’à celle du lycéen arménien Khatchik Kachatryan. Lycéens, syndicats et associations humanitaires dénoncent une « chasse à l’homme » honteuse, et brandissent l’étendard du droit à l’éducation. Evidemment, personne ne saurait reprocher aux lycéens mobilisés leur générosité ni leur élan de solidarité vis-à-vis de leurs camarades sans-papiers. Mais une fois de plus, on constate que, sur une question complexe et particulièrement sensible, l’émotion et l’indignation compassionnelle prennent le pas sur la raison.

Nous savons aujourd’hui que l’expulsion de la famille de Leonarda est conforme au droit, comme l’indique le rapport d’enquête remis au président de la République le 19 octobre (et consultable en ligne). La famille de Leonarda était en situation irrégulière sur le territoire français depuis 2009 et avait épuisé, depuis 2012, tous les recours pour demander l’asile. Le père s’est vu refuser sa demande de régularisation en raison de son comportement agressif et de son refus évident de s’intégrer à la société française: insultes envers des personnels sociaux, infractions diverses, refus de rencontrer un interprète, refus de rechercher un emploi et de donner suite aux offres d’emploi qui lui avaient été faites, absentéisme scolaire des enfants, etc. En outre, le père a reconnu avoir menti aux autorités françaises (ses enfants sont nés en Italie, et non au Kosovo); il a aussi reconnu avoir volontairement détruit le titre de séjour italien de sa fille pour demander l’asile en France. L’expulsion de Leonarda était justifiée par le principe du regroupement familial: l’adolescente ne pouvait pas être séparée de ses parents et rester seule en France. Il est vrai que Leonarda n’aurait pas dû être arrêtée au cours d’une sortie scolaire, et il semble souhaitable qu’à l’avenir une circulaire empêche qu’un incident similaire se reproduise. Rappelons toutefois que la collégienne n’a pas été arrêtée sous les yeux de ses camarades. En ce qui concerne le cas du jeune arménien Khatchik Kachatryan, la question est plus délicate, puisque le lycéen risquait d’être incarcéré à son retour en Arménie pour désertion. Rappelons toutefois que le jeune homme est majeur (il a 19 ans), qu’il était en situation irrégulière depuis deux ans, et qu’il venait d’être arrêté pour un vol à l’arrachée aux Halles. Rappelons aussi qu’à son arrivée en Arménie, Khatchik a été emprisonné puis immédiatement relâché.

Même si l’émoi suscité par l’expulsion de Leonarda et celle de Khatchik est compréhensible et légitime, il faut garder à l’esprit que ces deux expulsions sont conformes au droit français, ce qui n’empêche pas un réexamen des dossiers a posteriori, au cas par cas, et un éventuel retour en France, sur la base d’éléments nouveaux. Quoi qu’il en soit, l’indignation des lycéens (qu’elle soit sincère ou opportuniste) ne justifie absolument pas des actions violentes et illégales, comme le blocage d’un établissement scolaire. Beaucoup de lycéens rêvent de faire leur apprentissage de l’engagement politique en saisissant la moindre occasion pour manifester et pour exprimer leurs idéaux (louables) de solidarité et d’égalité. Mais ils ne doivent pas oublier que la République a des lois, et qu’elle doit les faire appliquer. Il est assez cocasse de voir une poignée de lycéens militer pour le droit à l’éducation de leurs camarades étrangers, en bloquant l’entrée d’un lycée et en empêchant d’autres camarades d’aller en cours. Il est  assez cocasse, aussi, de constater que la mobilisation lycéenne reprend subitement le jour de la rentrée après deux semaines de calme plat (les vacances, c’est sacré: les élèves sans-papiers pourront bien attendre la rentrée). Il est assez cocasse, enfin, de constater que la plupart des lycées mobilisés sont des établissements privilégiés de la capitale (lycée Turgot, lycée Charlemagne, lycée Dorian), situés dans le « Saint du Saint » du Paris « bo-bo » et bien-pensant, qui vote à gauche, défend l’immigration et la mixité sociale, pourfend le racisme et l’intolérance, mais qui vit totalement coupé de la réalité sociale de l’immigration et qui, pour rien au monde, ne renoncerait au confort d’un bel arrondissement parisien pour se mêler à la population des cités et des banlieues défavorisées.

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