Le dimanche, un jour comme les autres?

Il y a quelques jours, en parcourant la galerie d’un grand magasin de bricolage francilien, j’ai découvert avec étonnement que les clients étaient invités à signer une pétition destinée à sauver l’ouverture dominicale du magasin, car celle-ci était menacée. Pour attirer les signatures des clients, plusieurs affiches attrayantes faisaient l’éloge des « bricoleurs du dimanche » ou mettaient en avant des slogans du type: « Yes, week-end! ». Sceptique, j’ai passé mon chemin sans signer la pétition.

Ce qui m’a dérangé dans cette campagne un peu ridicule, c’est que l’on puisse traiter avec autant de légèreté un sujet aussi sérieux et délicat que celui de l’ouverture des magasins le dimanche. Certains salariés réclament la possibilité de travailler le dimanche, parce que l’heure de travail est payée le double. Mais est-il normal que des salariés soient obligés de travailler le dimanche pour avoir des revenus décents? De plus, nous ne devons pas oublier que, dans beaucoup d’entreprises, les heures du dimanche ne sont pas réellement payées le double: elles sont payées comme des heures ordinaires et sont simplement récupérées, ce qui n’apporte aucun avantage d’un point de vue salarial. Et comment pouvons-nous savoir si tous les salariés qui travaillent le dimanche le font vraiment par choix? Même si des conventions collectives sont censées protéger les employés, il faudrait être naïf pour penser qu’aucune pression n’est exercée sur les salariés des grands magasins, et que chaque semaine, des hordes d’employés se ruent dans le bureau du RH pour demander, avec une ferveur stakhanoviste, le droit de travailler le dimanche. Certes, il peut y avoir un système de « turn over ». Quand bien même un tel système existerait, cela ne garantit pas qu’aucune pression n’est exercée sur les salariés.

Rappelons qu’en France, le dimanche est toujours, officiellement, un jour non travaillé. Le principe du repos dominical a été imposé par une loi de 1906, et réaffirmé récemment par la loi du 10 août 2009. Toutefois, il existe aujourd’hui une multitude de dérogations administratives qui autorisent l’ouverture dominicale dans certains secteurs (comme le tourisme, l’hôtellerie et la restauration, la santé ou les boulangeries), dans certaines zones à forte fréquentation touristique ou dans certaines périodes de forte affluence (notamment pendant les semaines qui précèdent les fêtes de fin d’année). Si la plupart de ces dérogations semblent justifiées, je doute qu’elles le soient toutes, en particulier en ce qui concerne les grandes surfaces (hypermarchés ou autres). Nous devons nous interroger sur la pertinence de l’ouverture dominicale de ces magasins. Avons-nous vraiment besoin de faire nos courses le dimanche dans les grandes surfaces? Avons-nous vraiment besoin de nous rendre dans des magasins de bricolage ou de décoration le dimanche? L’ouverture des grandes surfaces le dimanche améliore-t-elle vraiment le salaire des employés? Améliore-t-elle vraiment le chiffre d’affaires des magasins? Les gens consomment-ils davantage quand les magasins sont ouverts le dimanche, ou se contentent-ils d’étaler sur deux jours des achats qui étaient autrefois principalement effectués le samedi?

D’où la question: le dimanche doit-il devenir un « jour comme les autres »? Il n’y a que deux réponses possibles à cette question. Si nous considérons que le dimanche est un jour comme les autres, alors tous les magasins doivent être libres d’ouvrir le dimanche, et les heures travaillées doivent être payées comme des heures de travail ordinaires. Mais si nous considérons que le dimanche est un jour de repos, alors les grandes surfaces doivent rester fermées: tout le monde peut s’adapter et faire ses courses à d’autres moments. La législation actuelle est hypocrite, car elle maintient le principe du repos dominical tout en multipliant les exceptions, ce qui tend, peu à peu, à vider de son contenu le principe même de repos dominical. En outre, les dérogations accordées à certaines grandes surfaces faussent la concurrence, et aggravent les difficultés des petits commerces qui, eux, ne sont pas autorisés à ouvrir le dimanche.

A mon sens, le dimanche doit rester un jour de repos, consacré à la famille, aux loisirs, aux activités spirituelles, à la vie associative ou à d’autres pratiques collectives. Il est souhaitable qu’au moins une journée de la semaine échappe à notre frénésie de consommation, et cette journée ne peut être que le dimanche. Par conséquent, le travail du dimanche doit rester l’exception, et doit se cantonner à certains secteurs très spécifiques, dans lesquels il obéit à une nécessité. Notre petit confort de consommateurs n’est pas une nécessité suffisamment impérieuse pour justifier l’ouverture des grandes surfaces le dimanche.

Je pense même qu’il faut aller plus loin, et inscrire le repos dominical dans le droit européen, comme le réclament  déjà certaines associations. Actuellement, l’Union européenne ne reconnaît pas le repos dominical: elle reconnaît simplement aux salariés le droit à une journée de repos dans la semaine. Le choix de ce jour de repos appartient aux Etats-membres. Le repos du dimanche n’est pas une spécificité française: dans plusieurs autres pays européens, comme l’Allemagne, le repos dominical reste sacré, y compris avant les fêtes de fin d’année. Il serait souhaitable que le dimanche devienne un jour de repos pour l’ensemble des populations de l’Union européenne. Cela donnerait un peu plus de sens à notre devise européenne: « Unis dans la diversité ».

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