Le gaz de schiste : Eldorado énergétique ou malédiction écologique?

Nous avons aujourd’hui la certitude que le sous-sol français comporte d’importantes réserves de gaz de schiste, ce gaz naturel présent sous forme de bulles prisonnières dans la roche mère. Aux Etats-Unis, le gaz de schiste est exploité depuis des années, et représente déjà près de 30% de la production de gaz. Actuellement, la France importe 90% du gaz naturel dont elle a besoin, ce qui la met dans une situation de grave dépendance énergétique, en particulier vis-à-vis de la Russie. Si notre pays exploitait le gaz de schiste qui se trouve sous nos pieds, nos besoins en gaz pourraient être entièrement couverts pour plusieurs décennies, ce qui impliquerait une baisse significative de notre facture énergétique. A bien des égards, le gaz de schiste représente donc un véritable « Eldorado énergétique ».

Le problème, c’est que la seule méthode existant à ce jour pour extraire le gaz de schiste est la fracturation hydraulique, qui est rentable mais dont les conséquences environnementales peuvent s’avérer désastreuses. Il s’agit de projeter de l’eau (ou d’autres fluides) sous très haute pression dans la roche mère, afin de la fracturer et de libérer les petites poches de gaz ; le pompage de l’eau permet ensuite de faire remonter le gaz à la surface. Les risques sont multiples : pollution des nappes phréatiques, détérioration des paysages, fuites de gaz, sans oublier le risque de déclencher des séismes si les fracturations sont réalisées à proximité d’une faille géologique. L’exploitation non règlementée du gaz de schiste aux Etats-Unis a confirmé tous ces risques : un séisme de magnitude 5,7 a d’ailleurs été provoqué en 2011 dans l’Oklahoma à cause de l’injection d’effluents chimiques en profondeur.

En France, le gaz de schiste fait l’objet de débats passionnés. Depuis 2011, une loi interdit la fracturation hydraulique. Le président François Hollande a choisi le statu quo, en réaffirmant son opposition à l’assouplissement de la loi. Au nom du principe de précaution, certains voudraient fermer définitivement la porte à tout projet d’exploitation du gaz de schiste. Mais d’autres refusent de renoncer à cette manne énergétique. En fait, le débat sur le gaz de schiste est assez comparable au débat sur les OGM : le problème vient de nos incertitudes quant aux effets réels sur l’homme et sur l’environnement. Les effets de la fracturation hydraulique sont très variables d’une région à l’autre, et dépendent de multiples facteurs : nature de la roche, présence de failles, profondeur des nappes phréatiques, etc. Les contraintes sont très différentes selon qu’on se trouve dans la Brie ou dans les Cévennes ! Les incertitudes concernent également le bilan carbone de l’exploitation du gaz de schiste : les résultats des différentes études sont contradictoires.

Il est donc nécessaire que la recherche sur le gaz de schiste progresse, afin d’améliorer les méthodes d’extraction existantes ou de mettre au point des méthodes alternatives. La fracturation hydraulique est largement perfectible : nous savons, par exemple, que les risques de pollution sont essentiellement liés aux défaillances des systèmes d’extraction, qui peuvent entraîner des fuites de gaz ou d’effluents chimiques. Nous avons donc tout à gagner à développer la recherche sur le gaz de schiste. De plus, d’après certains économistes, l’ouverture de forages expérimentaux permettrait de faire pression sur nos fournisseurs de gaz, et entraînerait une baisse des prix à l’importation, même si les expérimentations n’aboutissent pas à l’exploitation effective du gaz. Malheureusement, la recherche sur le gaz de schiste se heurte aujourd’hui à deux obstacles majeurs.

– Le premier obstacle est d’ordre juridique : la loi de 2011 interdit toute fracturation hydraulique, même les fracturations expérimentales. La loi doit donc être assouplie, de façon à permettre des essais de fracturation dans différentes régions.

– Le second obstacle est celui des mentalités. Le gaz de schiste a suscité des réactions tellement vives dans l’opinion que les blocages sont devenus considérables : l’Etat rechigne à subventionner des recherches sur le gaz de schiste. Cela signifie que nous abandonnons purement et simplement ce champ de recherche à des acteurs privés, en particulier aux firmes.

Sur une question aussi importante, nous devons éviter toute approche dogmatique. Europe-Ecologie-Les Verts et d’autres mouvements écologistes s’opposent à toute recherche sur le gaz de schiste pour des raisons idéologiques, car au-delà du principe de précaution, les écologistes les plus intransigeants veulent en finir avec les énergies d’origine fossile et rêvent d’un monde où tous les besoins énergétiques seraient satisfaits par des énergies dites « propres ». Nous devons nous montrer plus pragmatiques : ne fermons surtout pas la porte au gaz de schiste ! Le principe de précaution ne doit pas devenir un obstacle à l’innovation. La France a besoin d’un vrai débat sur la transition énergétique, et d’un effort de recherche considérable pour faire avancer nos connaissances sur le gaz de schiste.

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2 réactions sur “Le gaz de schiste : Eldorado énergétique ou malédiction écologique?

  1. Soyons plus pragmatiques et rendons nous compte que le problème sera éternellement le même quelque soit l’énergie en question : si on ouvre les recherches et accorde autorisations à quelques fracturations de prospections cela signifie que l’on va plus tard y investir. La logique d’enrichissement fera que les entreprises qui devront suivre les précautions (qui leur couteront une partie du chiffre d’affaire), d’assainissement des eaux par exemple, ne le feront pas (comme en Pennsylvanie ou en Pologne) et laisseront toujours aux MEMES des terres dévastées. Quand les forages auront été faits, la richesse prise, l’entreprise déjà repartie et que l’entretient du puits de forage vieillissant incombera à des collectivités publiques (appauvries par notre logique de privatisation) et que les populations sur place seront touchées par des maladies corrélées aux fuites d’eaux contaminées (ou autres) que se passera t il ? Et, question pire encore : QUI seront ces populations touchées ? Vraiment désolée de tomber dans une logique qui peut paraitre simpliste mais concrète : les personnes qui n’auront pas eu assez de pouvoir pour protéger leurs terres de ces forages, autrement dit des « pauvres »…

    Le problème n’est pas tant le gaz de schiste que de se demander POURQUOI « nous » en avons besoin ? Et pour QUI ?

  2. La logique d’enrichissement n’est pas la cause de tous les maux: il faut bien que les entreprises (mêmes publiques ou semi-publiques) trouvent un intérêt à exploiter et à distribuer l’énergie! C’est plutôt l’absence de réglementation qui, combinée avec une recherche effrénée du profit, entraîne des désastres tels que celui survenu en Pennsylvanie. Mais il y a une différence majeure entre la France et les Etats-Unis: en France, toutes les ressources du sous-sol appartiennent à l’Etat (aux Etats-Unis, celui qui achète un terrain est propriétaire des ressources du sous-sol). L’Etat français accorderait donc des concessions aux entreprises. Mais ce garde-fou ne suffira pas. Il faut des règles strictes, pour encadrer les entreprises, protéger les milieux et les populations. Nous devons être attentifs à ce qui s’est passé ailleurs, précisément pour ne pas faire les mêmes erreurs. Si une entreprise ne respecte pas les règles, qu’elle soit sanctionnée, et qu’on lui retire la concession.
    A long terme, il est évident que le gaz de schiste n’est pas une solution, car ce n’est pas une énergie durable: c’est une énergie fossile, qui pollue, et qui n’est pas renouvelable. Mais le pétrole et le gaz naturel que nous importons ne sont, eux non plus, ni propres, ni durables, et ils nous coûtent très cher: ils coûtent cher aux consommateurs (surtout aux « pauvres »), et les Français ont vu leur facture de gaz décoller au cours des dernières années. Si le gaz de schiste peut être exploité dans des conditions de sécurité acceptables, ce ne sera qu’une solution transitoire, qui nous laissera un peu plus de temps pour développer des énergies plus durables et préparer une véritable transition énergétique.

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