La démocratie blessée

Effaré, stupéfait, abasourdi, consterné, affligé, navré, dépité… La liste des qualificatifs pourrait encore s’allonger pour désigner le sentiment que ressent un citoyen ordinaire après les pathétiques aveux de l’ex-ministre du Budget, Jérôme Cahuzac. Ne faisons pas de politique politicienne : ce n’est pas une affaire de gauche ou de droite. C’est beaucoup plus grave.

Premièrement, l’affaire Cahuzac jette un discrédit supplémentaire sur le président Hollande (dont la cote de popularité s’est déjà effondrée) et sur la majorité, moins d’un an après les élections qui ont porté la gauche au pouvoir. Même si le président de la République et les autres ministres n’ont aucune responsabilité dans cette affaire, c’est l’exécutif tout entier qui est aujourd’hui entaché, car Cahuzac avait la confiance et l’estime de ses pairs. Le président Hollande voulait être le « président normal » d’une République exemplaire : c’est un fiasco absolu.

Deuxièmement, cette affaire vient conforter l’idée que les « puissants » sont au-dessus des lois et de toute morale élémentaire. Jérôme Cahuzac était devenu un symbole de la rigueur budgétaire et de la lutte contre la fraude fiscale, et l’on apprend qu’il échappait lui-même au fisc en dissimulant d’importantes sommes d’argent sur un compte à l’étranger.

Troisièmement, et de manière plus générale, c’est toute la classe politique et la démocratie elle-même qui sont ébranlées par cette affaire. Cahuzac a menti à la nation toute entière, pendant des mois : avant de faire ses aveux, il s’était adressé aux députés, lors d’une séance à l’Assemblée nationale, pour récuser avec beaucoup d’aplomb les accusations dont il était la cible. Maintenant, comment rétablir la confiance des citoyens dans les institutions et dans le personnel politique ? Hélas, ce nouveau scandale politico-financier, dans un contexte de crise économique, risque de profiter aux mouvements populistes et d’alimenter les discours « anti-système ». Plus que jamais, la France a besoin d’un sursaut républicain, qui doit passer par une réflexion globale sur les institutions de la Cinquième République, un renouvellement réel du personnel politique, un changement du mode de scrutin pour briser la logique bipolaire stérile, et une véritable « Glasnost », c’est-à-dire une transparence totale de l’information sur le passé, la fortune et les revenus des hommes et des femmes qui sont à la tête de l’exécutif.

Dans cet océan de consternation, un constat positif peut cependant être fait : cette affaire Cahuzac, qui a éclaté grâce au journal d’Edwy Plenel (Médiapart), nous montre à quel point il est important d’avoir des contre-pouvoirs efficaces, et une presse d’investigation libre et indépendante. Pour le reste, il n’y a plus qu’à laisser la justice faire ce qu’elle a à faire, et prier pour que l’actuelle majorité se ressaisisse rapidement et ramène la confiance des citoyens, afin d’éviter un « 21 avril municipal » en 2014.

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