Le Petit Mélenchon illustré

Jean-Luc Mélenchon est un homme intellectuellement brillant et un redoutable tribun. Ancien cadre du Parti Socialiste, il fut longtemps conseiller municipal à Massy et participa à la renaissance de cette ville dans les années 80 et 90. Il fut également conseiller général de l’Essonne, sénateur et ministre dans le gouvernement Jospin. Il est actuellement député européen. Désapprouvant la ligne trop modérée du PS, il fonda son propre parti en 2009, le Parti de Gauche, prenant ainsi exemple sur l’ancien social-démocrate allemand Oskar Lafontaine, qui avait fondé « Die Linke » en 2007. Lors de la présidentielle de 2012, Monsieur Mélenchon parvint à rassembler derrière sa candidature une grande partie de l’électorat communiste et de l’électorat d’extrême-gauche, grâce à un discours anticapitaliste, populiste et altermondialiste. Fort de ses 11% de suffrages au premier tour de la présidentielle, il cherche aujourd’hui à se présenter comme un potentiel Premier Ministre, capable de mener une vraie politique de gauche. Monsieur Mélenchon est aussi un grand provocateur, un formidable démagogue et un expert de la manipulation, qui aime les discours enflammés et les « phrases choc ». Mais quand on prend la peine de relire (ou de réécouter) certaines de ses déclarations, il y a de quoi être dérouté, pour ne pas dire franchement atterré. Le leader du Front de Gauche n’a peur de rien: il falsifie l’histoire, malmène l’actualité, multiplie les amalgames et les raccourcis caricaturaux, et fait une utilisation systématiquement galvaudée de certains mots qu’il ne cesse de répéter dans ses interventions publiques. D’une certaine façon, Mélenchon invente son propre langage, un langage qui détourne le sens des mots. La fonction du langage « mélenchonnien » n’est pas de décrire le réel, mais plutôt de le transformer.  Dans la langue mélenchonienne, « austérité » devient un gros mot, « Cuba » désigne un régime démocratique, et le mot « communisme » désigne une idéologie aussi inoffensive que le Mahatma Gandhi… Cet article, intitulé « Le Petit Mélenchon illustré », essaie de décrypter le langage « mélenchonnien » à travers une liste de mots qui, dans la langue de Mélenchon, ont un sens inattendu.

« Austérité » : nom donné à toutes les politiques visant à éviter des crises budgétaires en Europe.

Une politique dite « d’austérité » est une politique qui vise à rééquilibrer le budget d’un Etat en réduisant de façon drastique ses dépenses et en augmentant ses recettes. En d’autres termes, c’est une politique qui consiste à se « serrer la ceinture », le temps que la situation financière s’améliore. On parle aussi de politique de « rigueur budgétaire », mais le terme « austérité », très négativement connoté, présente l’avantage d’effrayer l’opinion publique. D’après Jean-Luc Mélenchon, la politique menée par François Hollande est une politique « d’austérité » comparable à celle que l’Union européenne et le FMI ont imposée aux Grecs et aux Portugais. Selon Monsieur Mélenchon, ces politiques d’austérité étouffent les peuples, asphyxient l’économie et empêchent toute relance de la croissance. En appliquant une politique d’austérité, la France se dirige donc, inexorablement, vers le précipice dans lequel se sont déjà jetés la Grèce et le Portugal… Mais comment peut-on comparer la politique actuelle du gouvernement français aux politiques de redressement qui ont été menées en Grèce ou au Portugal? A vrai dire, parler « d’austérité » en France relève de la plaisanterie: contrairement à la Grèce et au Portugal, la France n’a pas fait exploser la TVA, elle n’a pas réduit le traitement de ses fonctionnaires, ni diminué les pensions de retraite.  Le gouvernement socialiste a même créé des emplois aidés et annoncé une augmentation du nombre de postes d’enseignants: nous sommes donc très loin de cette fameuse « austérité » que Monsieur Mélenchon brandit comme un épouvantail. La situation de la France n’est pas comparable à celle de la Grèce ou du Portugal. La France a une dette publique très préoccupante mais elle n’est pas en faillite, elle attire encore les capitaux étrangers, elle inspire encore confiance aux investisseurs, et elle peut encore emprunter de l’argent à des taux raisonnables sur les marchés. Par conséquent, elle dispose encore d’une marge de manœuvre suffisante pour redresser elle-même ses finances, et ainsi éviter des politiques de rigueur violentes.

« Centre » : force politique qui n’existe pas.

Pour Jean-Luc Mélenchon, le centre n’existe pas. Les centristes sont de droite, mais ils ne l’assument pas. Et Bayrou? Un illusionniste qui, depuis 2007, fait croire à tout le monde qu’il n’est pas de droite. Monsieur Mélenchon considère que la vie politique se réduit à une lutte perpétuelle entre la gauche et la droite. Pour des raisons purement politiciennes, Jean-Luc Mélenchon est obligé d’amalgamer le centre et la droite, car s’il admettait l’existence d’un centre indépendant, il admettrait du même coup la possibilité d’une coalition de centre-gauche incluant le PS, les radicaux de gauche et les centristes, ce qui placerait la « gauche de la gauche » dans une situation d’isolement politique total. Mélenchon a donc tout intérêt à défendre une vision simpliste et manichéenne de la vie politique. Toutes les idées qu’il désapprouve sont « de droite ». L’économie de marché? De droite. Le libre-échange? De droite. L’équilibre budgétaire? De droite, naturellement. Le respect des traités européens? De droite.

« Communiste » : personne qui n’a pas de sang jusqu’au coude.

Les communistes n’ont « pas de sang jusqu’au coude ». Si ce n’est pas une apologie, cela y ressemble étrangement. Les crimes commis par les régimes communistes (entendons par là: les régimes se réclamant explicitement du communisme) sont aujourd’hui largement connus et abondamment documentés. L’URSS est à elle seule responsable de plus de 20 millions de morts, d’après l’historien Stéphane Courtois (Le Livre noir du communisme): déportations dans les camps du Goulag, exécutions sommaires, condamnations à mort à l’issue de procès truqués, famine des années 1930 organisée par les autorités, etc. Aux crimes soviétiques s’ajoutent ceux des autres régimes communistes: on pense, entre autres, aux Tibétains massacrés par le gouvernement communiste chinois, au génocide perpétré au Cambodge par les Khmers Rouges, ou au gouvernement nord-coréen qui affame son peuple. Les communistes français ne sont pas responsables de ces crimes, mais ils en ont été les complices, en prenant la défense des régimes qui les ont commis. Pourquoi Monsieur Mélenchon ferme-t-il les yeux sur tant d’horreurs? Il n’y a qu’une seule explication possible. Jean-Luc Mélenchon est  un « crypto-communiste »: il a les idées d’un communiste, sans en avoir l’étiquette ni le look. Il défend un projet de société fondé sur la rupture avec le capitalisme, sur le dirigisme économique et sur la stigmatisation du patronat. Il s’est allié au Parti Communiste dans le cadre du « Front de Gauche », et les communistes ont soutenu sa candidature à la présidentielle de 2012. Ainsi, pour ne pas froisser une partie de son électorat et certains de ses amis communistes, Monsieur Mélenchon se garde bien de condamner ouvertement les crimes des régimes communistes, et cherche plutôt à les minimiser, voire à les ignorer. Quand un leader d’extrême droite minimise les crimes nazis, il est poursuivi en justice. Mais quand Mélenchon nie les crimes communistes, il est applaudi.

« Cuba » : pays qui n’est pas une dictature.

Selon Monsieur Mélenchon, Cuba n’est pas une dictature, et les Cubains « choisissent librement leurs affaires ».  Inutile de revenir, ici, sur toute l’histoire du régime castriste, régime qui, jusqu’à la fin de la guerre froide, avait toutes les caractéristiques d’une dictature totalitaire: censure, culte de la personnalité, idéologie unique, parti unique, police politique, répression massive et systématique des opposants politiques réels ou supposés, arrestations sur simple dénonciation, exécutions sommaires, camps de concentration dans lesquels on pratiquait une « rééducation par le travail ». Depuis 1959, plus de 100.000 Cubains auraient connu les camps et plus de 15.000 Cubains auraient été fusillés. Le régime castriste s’illustra en particulier dans l’art de la torture physique et psychologique, et mena pendant des années une politique ouvertement homophobe: dans ses discours Castro dénonça l’homosexualité comme une « décadence bourgeoise », et dans les années 1960 de nombreux homosexuels (des deux sexes) furent maltraités et condamnés au travail forcé, pour la seule raison qu’ils étaient homosexuels. Il est vrai que, depuis la fin de la guerre froide, les choses ont évolué: le nombre de prisonniers politiques a diminué et les conditions de vie des prisonniers se sont améliorées. Mais il existe encore des prisonniers politiques à Cuba, la liberté d’expression est toujours inexistante, la presse est toujours muselée, Internet est censuré, de nombreux journalistes croupissent en prison. Ni Fidel Castro ni son frère Raul Castro n’ont exprimé le moindre regret, la moindre repentance pour les crimes commis pendant 60 ans au nom de la Révolution. Curieusement, dès que l’on questionne Monsieur Mélenchon sur Cuba, il ne s’attarde jamais sur l’état des libertés dans ce pays, il préfère condamner avec véhémence l’embargo américain, auquel il attribue tous les échecs économiques du régime castriste. Mais il ne faut pas tout mélanger. L’embargo est une chose, la dictature en est une autre. On peut désapprouver l’embargo américain tout en admettant que Castro soit un dictateur. Le fait que Cuba soit une dictature n’est pas une conséquence de l’embargo!

« Dette publique » : dette que l’on remboursera peut-être un jour, ou pas.

Si Monsieur Mélenchon accède au pouvoir, il dira haut et fort à tous les créanciers de la France que l’Etat ne remboursera pas sa dette. Petit rappel: la dette de l’Etat français s’élève en 2012 à 1.800 milliards d’euros (soit environ 90% de notre PIB). Réduire la dette publique est devenu un impératif vital pour le pays. L’Etat français est désormais obligé d’emprunter sur les marchés financiers pour payer les intérêts de ses précédents emprunts, et pour assurer ses dépenses de fonctionnement (payer les fonctionnaires, faire fonctionner les administrations, financer les hôpitaux, etc.). Si la France renonce à payer ses créanciers et à engager des réformes profondes pour réduire sa dette, elle ne pourra plus emprunter à qui que ce soit, et sera par conséquent dans l’incapacité de payer ses fonctionnaires, d’assurer le fonctionnement de l’Etat et de faire les investissements nécessaires à l’avenir du pays. Bref, la France sera un Etat en faillite.

« Liberté de la presse » : principe nuisible au bon déroulement des meetings du Front de Gauche.

Monsieur Mélenchon se considère comme un grand défenseur des libertés démocratiques. Néanmoins, sa conception de la liberté de la presse est assez particulière. Jean-Luc Mélenchon semble avoir pris en grippe les journalistes du « Petit Journal » de Canal +. Quand une équipe du « Petit Journal » cherche à filmer une manifestation ou un meeting du Front de Gauche, les journalistes sont soit ignorés, soit carrément maintenus à l’égard comme s’ils étaient dangereux. Quand on demande des explications à Monsieur Mélenchon, il n’hésite pas à calomnier lesdits journalistes, et à dire qu’ils ne font pas un vrai travail de journaliste. Mais alors, qu’est-ce qu’un vrai travail de journaliste pour Jean-Luc Mélenchon? Eh bien, quand on est journaliste et que l’on veut faire un reportage sur un homme politique, il faut « prendre rendez-vous », et ne pas « mettre son micro sous le nez des hommes politiques ».

« Hénin-Beaumont » : terre de croisade.

Jean-Luc Mélenchon s’est auto-proclamé ambassadeur de l’antifacisme, grand pourfendeur de l’extrême droite et meilleur adversaire de Marine Le Pen. Hénin-Beaumont est devenu un symbole, une véritable terre de croisade antifasciste. Lors des législatives de 2012, Mélenchon est allé défier Marine Le Pen dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais (circonscription dans laquelle M. Mélenchon n’a jamais résidé ni exercé le moindre mandat). La lutte contre le FN est devenue un véritable fond de commerce pour Jean-Luc Mélenchon. Mais cette stratégie a-t-elle été payante? Pas vraiment. Au plan national, la cote de sympathie du FN n’a jamais été aussi élevée. Au 1er tour des législatives, au niveau national, le FN a obtenu 16% des voix et le Front de Gauche moins de 7%. A Hénin-Beaumont, Marine Le Pen est arrivée en tête au 1er tour avec 42% des suffrages, le candidat socialiste Philippe Kémel est arrivé deuxième avec 23,5%, et M. Mélenchon, qui totalisa 21% des suffrages, a été éliminé dès le 1er tour. Au 2nd tour, Philippe Kémel a obtenu de justesse la victoire, avec 50,11% des voix, face à Marine Le Pen. Monsieur Mélenchon a donc réussi l’exploit de diviser les voix de la gauche sans faire reculer celles de l’extrême droite, dans une circonscription populaire du Pas-de-Calais. Et sur le plan national, la tactique de Mélenchon a exactement le même effet: le Front de Gauche affaiblit le Parti Socialiste, mais n’affaiblit pas l’extrême droite (bien au contraire: les divisions de la gauche profitent électoralement au Front National). Cela nous montre que pour Mélenchon, la politique est une arène, un match de boxe, un spectacle, une mise en scène permanente.

« Mali » : pays dans lequel le peuple doit se libérer tout seul.

Pour Monsieur Mélenchon, l’intervention française au Mali est « discutable ». Depuis une vingtaine d’années les liens entre la France et le Mali se sont fortement resserrés, et la France soutient activement le développement du Mali. Plusieurs entreprises françaises sont installées au Mali, où elles emploient près de 3000 personnes, et contribuent à développer les réseaux de transports et de télécommunications. Le Mali a été pris d’assaut par des groupes jihadistes armés qui contrôlent encore tout le nord du pays, et qui tuent, oppriment et terrorisent la population au nom d’une idéologie criminelle. Plus globalement, ces mouvements islamistes menacent tout le Sahel, et doivent être arrêtés. L’intervention militaire de la France au Mali a été approuvée par l’Union européenne et par une résolution de l’ONU. Et ce sont les Maliens eux-mêmes qui nous ont appelés au secours. Notre intervention était donc tout à fait légitime. Devions-nous laisser des criminels démembrer le Mali, et imposer à ses habitants la Charia? Monsieur Mélenchon considère que la France n’a « aucun intérêt fondamental » à défendre au Mali: les Droits de l’Homme ne sont apparemment pas un « intérêt fondamental » à défendre. D’après le leader du Parti de Gauche, les Maliens doivent régler leurs problèmes « tous seuls », et se « libérer eux-mêmes »; la seule solution, pour Mélenchon, c’est d’aider le peuple malien à « organiser des élections ». Evidemment, la refondation d’un Etat malien stable et démocratique est à moyen terme un objectif incontournable et une condition indispensable au développement du pays. Mais la priorité des priorités était de stopper l’offensive jihadiste et d’empêcher un dépeçage du territoire malien. Ce n’est malheureusement pas en organisant des élections que l’on peut repousser des fanatiques armés qui, il faut bien le dire, ne font pas grand cas de la démocratie.

« Merkhollande »: formule magique transformant les socialistes français en ultra-libéraux.

« Merkhollande » est ce que l’on appelle un mot-valise (Merkel + Hollande). Par ce bon mot, Monsieur Mélenchon essaie de souligner une certaine proximité idéologique entre la chancelière allemande et le président français. « Après Merkozy », dit-il, « on a Merkhollande ». François Hollande, qualifié de « social-libéral », est accusé de cautionner la politique d’austérité voulue par l’Allemagne. Monsieur Mélenchon, très fier de son jeu de mots, le répète à qui mieux mieux dans ses meetings, dans la presse et sur les plateaux télé. « Merkhollande » est devenu, dans la bouche de Mélenchon, une sorte d’incantation. Et à force d’entendre la formule magique, on finit par y croire: Hollande et Merkel, c’est la même chose! Tous les deux sont des ultra-libéraux anti-sociaux qui veulent étouffer les pays les plus fragiles de la zone euro en leur imposant des réformes budgétaires stupides! Pourtant, François Hollande et Angela Merkel n’ont pas la même vision de l’Europe. Hollande plaide pour une politique de relance au niveau européen et pour des « euro-obligations » visant à secourir les pays surendettés de la zone euro. Angela Merkel est, quant à elle, hostile aux euro-obligations, elle refuse toute mutualisation de la dette car à ses yeux cela serait une incitation au laxisme et une pénalisation des Etats financièrement sains. Après l’élection de François Hollande, les relations entre le nouveau président français et la chancelière allemande se sont tendues, et leurs désaccords se sont exacerbés. Les divergences entre Merkel et Hollande sont donc peu négligeables, contrairement à ce que veut faire croire Monsieur Mélenchon. En réalité, Hollande essaie simplement d’honorer les règles budgétaires que tous les Etats européens se sont engagés à respecter. En effet, les traités européens fixent un certain nombre de règles budgétaires indispensables à la survie de la zone euro: le déficit annuel ne doit pas dépasser 3% du PIB, et la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. Aujourd’hui, la France ne respecte aucun de ces deux critères, et doit impérativement réduire sa dette. A quoi bon signer des traités et fixer des règles communes, si chaque Etat-membre peut ensuite se dispenser de les appliquer? Petite précision: ces critères budgétaires ont été établis en 1992 par le Traité de Maastricht. A l’époque, Jean-Luc Mélenchon avait défendu ce traité.

« Papandréou »: un « malheureux », un « lâche », un « dégonflé ».

Ce sont bien ces mots méprisants que Monsieur Mélenchon a utilisés pour qualifier l’ancien Premier Ministre grec Georges Papandréou. Ce faisant, le leader du Parti de Gauche a prouvé à tout le monde qu’il avait le sens de la diplomatie d’un véritable homme d’Etat. Mais qu’a-t-il fait, ce Papandréou, pour être insulté de la sorte? Premier ministre d’un pays en faillite miné par la fraude fiscale et par des années de laxisme budgétaire, Papandréou a reconnu la nécessité de faire des réformes structurelles profondes pour sortir la Grèce de la crise, et pour la maintenir dans la zone euro. Ces réformes étaient la contre-partie d’un plan d’aide de plusieurs dizaines de milliards d’euros, accordé par l’Union européenne et le FMI. Papandréou a donc choisi de rester dans la zone euro. Qu’aurait fait Monsieur Mélenchon à sa place? Aurait-il demandé à l’Union européenne une aide financière sans aucune contre-partie? Ou serait-il sorti de la zone euro, après avoir envoyé paître ses partenaires européens? On ne sait pas. Mais il aurait certainement trouvé une solution miraculeuse pour sortir la Grèce de la crise.

« Tibétains » : peuple représentant une sérieuse menace pour le gouvernement chinois.

Jean-Luc Mélenchon aime beaucoup la Chine communiste. Quand on l’interroge sur la répression sanglante menée au Tibet par la République Populaire de Chine, il ne condamne pas le gouvernement chinois, il n’exprime ni solidarité ni compassion vis-à-vis du peuple tibétain, et affirme clairement qu’il n’a pour les Tibétains aucune sympathie. Pourquoi une telle indifférence face au drame tibétain? Premier argument avancé par M. Mélenchon: les moines tibétains sont partisans d’un « Etat théocratique ». Donc, pour Jean-Luc Mélenchon, le fait que le Dalaï Lama défende un Etat théocratique justifie que l’on soit indifférent aux souffrances des Tibétains. Deuxième argument de M. Mélenchon: les Tibétains se sont insurgés contre le gouvernement chinois dans les années 1950. Mais Monsieur Mélenchon oublie de préciser que cette révolte était une protestation contre l’arrivée des troupes chinoises au Tibet et contre les réformes brutales imposées par le gouvernement chinois. Monsieur Mélenchon oublie aussi de préciser que l’insurrection tibétaine a été réprimée dans un bain de sang par l’armée chinoise, poussant le Dalaï Lama à s’exiler en Inde. Troisième argument de M. Mélenchon: ce sont les réformes communistes qui ont aboli le servage au Tibet. Le discours de Jean-Luc Mélenchon est donc exactement le même que celui de la propagande chinoise: les Tibétains sont présentés comme un peuple d’arriérés auxquels les communistes chinois ont apporté le « progrès ». C’est donc au nom du « progrès » que les Chinois ont massacré des Tibétains. Rappelons tout de même que les réformes communistes ont entraîné au Tibet une famine qui a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes en l’espace de 3 ou 4 ans: tel fut le « progrès » apporté par les communistes. Quatrième argument de Monsieur Mélenchon: le Tibet est une province chinoise, qui représente 25% de la superficie totale de la Chine; l’indépendance du Tibet entraînerait donc un démembrement du territoire chinois. Cela signifie donc qu’un gouvernement a le droit d’utiliser la violence et de bafouer les Droits de l’Homme pour éviter qu’une province ne prenne son indépendance (avec le même raisonnement, on pourrait justifier de nombreux massacres, comme ceux perpétrés par Milosevic au Kosovo). Contrairement à ce que semble penser M. Mélenchon, le Tibet n’a pas toujours été une province chinoise: il a longtemps été un Etat indépendant, et n’est devenu un protectorat chinois qu’au XVIIIème siècle. Dans la Chine impériale, les Tibétains jouissaient d’une grande autonomie. A partir de 1950, l’Armée populaire de libération, bras armé des communistes chinois, a occupé le Tibet et imposé à ses habitants des réformes radicales, remettant en cause l’autonomie dont bénéficiait cette province: les terres ont été collectivisées; des dizaines de milliers de colons et de militaires chinois appartenant à la majorité Han ont été installés au Tibet; lors de la Révolution Culturelle (dans les années 1960) les Gardes Rouges ont massacré des moines, détruit et pillé de nombreux lieux de culte et remplacé les bouddhas par des portraits de Mao; pendant 60 ans l’histoire du Tibet ne fut qu’une succession de soulèvements écrasés dans le sang par l’armée chinoise. Des dizaines de milliers de Tibétains ont été tués, et des centaines de milliers ont été déportés et internés dans des camps, ou condamnés aux travaux forcés.

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3 réflexions sur “Le Petit Mélenchon illustré

  1. J’aime vos analyses, elle apporte un point de vue que je n’ai pas l’habitude de voir étayé. Néanmoins certaines d’entre elles semblent rapides et sont manifestement prononcées par une personne ayant des connaissances « désincarnée », si je puis me permettre, des évènements. Notamment sur la dictature cubaine. La phrase de conclusion semble elliptiquement logique : pensez vous sincèrement que dans un contexte capitaliste mondial, l’alternative d’un système économique autre puisse exister dans la concorde avec les autres Etats, eux, capitalistes? Personnellement j’ai été à Cuba et il est clair que ce que j’y aurai voulu voir n’a pas été satisfait. Mais des éléments que j’y ai vu m’ont bien fait comprendre que ce qui nous pose problème, à nous pays civilisés, c’est d’accepter de refonder nos rapports au monde et à autrui. Je pense que les problèmes politiques ne sont pas simplement politiques, qu’ils regorgent d’implications existentielles fortes (ce que tout débat à leurs sujets gomme systématiquement), et le fait que vous critiquiez Mélenchon (qui pour moi est un pantin comme les autres) sur le même niveau de questionnement habituel me laisse sur ma faim.

    • Tout d’abord, je vous remercie sincèrement, Kamélia, d’avoir pris la peine de me lire et de me faire part de vos commentaires.
      Vos remarques sont tout à fait intéressantes. Je ne suis jamais allé à Cuba, et je pourrai jamais en parler comme quelqu’un qui a vécu là-bas ou simplement visité ce pays. Je me suis documenté sur Cuba, j’ai lu, j’ai discuté avec des gens qui étaient allés à Cuba (dont une professeur de français qui travaille dans un lycée que vous connaissez bien…), mais mon approche est sans doute, comme vous le dîtes, très « désincarnée ». Le niveau de vie des Cubains est nettement meilleur que celui de nombreux peuples d’Amérique latine; si j’en crois ce qu’on m’a dit et ce que j’ai lu, le système scolaire et le système de santé mis en place par Castro sont remarquables pour un pays en développement. En terme de démocratie locale, je crois que Cuba est un laboratoire assez intéressant. Les Etats-Unis se sont comportés comme des imbéciles envers Cuba, et ont tout fait pour déstabiliser le régime castriste. Mais tout cela n’excuse aucunement les crimes politiques et les violations des Droits de l’Homme.
      L’objet de mon article n’était pas de faire le « procès » de Cuba, mais de montrer comment une personnalité politique française très médiatique et influente « révisait » l’histoire, soit en occultant certains faits, soit en les déformant, soit en les niant purement et simplement. Cette pratique me choque, moi, en tant qu’historien.
      Dans notre monde globalisé dominé par un seul modèle économique depuis l’effondrement du bloc socialiste, il est certes difficile de penser des modèles alternatifs non-capitalistes. Je suis, comme beaucoup, persuadé que le capitalisme est « le pire des systèmes après tous les autres ». Mais si nous voulons trouver des alternatives crédibles et viables au capitalisme, je ne pense pas que ce soit à Cuba ou en Corée du Nord qu’il faille aller chercher, car ces régimes n’incarnent pas l’avenir. Le jour où le clan Castro sera parti, des lendemains plus radieux s’offriront, je l’espère, aux Cubains, et peut-être qu’un autre modèle se construira. C’est tout ce que je souhaite à ce peuple qui a beaucoup souffert.

  2. article clair et décisif. Il est sûr que l’on retrouve dans le FG tous les poncifs léninistes. J’avais espéré que la chute de l’empire soviétique allait nous débarrasser de cette idéologie totalitaire. Mais non… si les  » fascistes » sont ( à juste titre) vilipendés, les communistes restent fréquentables! ( une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais adhéré au PS: sa connivence scandaleuse avec le PCF, qui pour moi n’est pas la gauche et ne l’a jamais été. cf le programme commun de la gauche de 1973, le PCF dénonçait  » les atteintes aux libertés du régime giscardien » (?) et se proposait d’étendre les libertés en cas de victoire. A la même époque, on découvrait Soljenitsyne et les hôpitaux psychiatriques russes, les dissidents,…Cynisme, humour noir, mépris des citoyens,…

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