Mais qu’ont-ils fait du centre ?…

Soyons lucides: le centre ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui.

Pendant 20 ans (de la fin des années 1970 à la fin des années 1990), l’UDF (Union pour la Démocratie Française) a rassemblé une grande partie des centristes au sein d’un parti puissant et influent, qui était bien représenté à la fois dans les collectivités locales et au Parlement. Mais la création de l’UMP en 2002 a provoqué l’éclatement de l’ancienne UDF: de nombreux élus et militants centristes ont en effet rejoint les rangs du nouveau parti de droite. François Bayrou, refusant que le centre soit absorbé par un super-parti de droite hégémonique, a décidé de garder la « vieille maison » UDF, affaiblie mais toujours debout.

François Bayrou

François Bayrou, président de l’UDF et « 3ème homme » de l’élection présidentielle de 2007, obtient 18% des suffrages au premier tour, mais refuse de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour et ne donne aucune consigne de vote. Nicolas Sarkozy remporte l’élection, et de nombreux élus de l’UDF se rallient au nouveau président. Pour les élections législatives de 2007, François Bayrou décide de « saborder » l’UDF et de lancer un nouveau parti: le Modem (Mouvement Démocrate), qui se veut indépendant et refuse toute alliance avec le PS comme avec l’UMP. En parallèle, Hervé Morin, ancien soutien de François Bayrou, crée son propre parti: le Nouveau Centre, qui se rallie immédiatement à Nicolas Sarkozy. Le Modem, isolé, fait un score très décevant et ne parvient à faire élire que 3 députés, dont François Bayrou. Le Nouveau Centre, grâce à ses alliances avec l’UMP, réussit à faire élire assez de députés pour créer un groupe parlementaire, et participe à la majorité.

Malgré le ralliement de quelques personnalités politiques issues d’autres partis (comme l’écologiste Jean-Luc Bennahmias), le Modem ne parvient pas à s’imposer dans le paysage politique, et François Bayrou a beaucoup de mal à faire entendre sa voix. En 2012, à l’issue d’une campagne terne, Bayrou ne réunit que 9% des suffrages au premier tour de la présidentielle, et refuse à nouveau de se rallier à l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour. Cependant, il critique la « ligne violente » de Sarkozy et annonce qu’à titre personnel, il votera pour François Hollande. M. Hollande est élu, mais le Modem, toujours isolé, fait un score dérisoire aux législatives: les candidats estampillés Modem sont laminés, et François Bayrou perd son siège de député.

A la rentrée 2012, Jean-Louis Borloo, président du Parti Radical et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, décide de fonder un nouveau parti de centre-droit, l’UDI (Union des Démocrates Indépendants), qui réunit plusieurs petits partis de centre-droit: plusieurs anciens sarkozystes quittent alors l’UMP pour rejoindre l’UDI, dont Chantal Jouanno et Rama Yade.

Bilan des courses: aujourd’hui, la famille centriste est une famille décomposée, désunie et souffrant d’un vrai manque de visibilité. Alors que les idées centristes séduisent une grande partie de l’électorat (entre 15 et 20% selon les études), les responsables centristes sont incapables de s’entendre et de faire cause commune. L’émiettement du centre a pris une tournure dramatique: en effet, les centristes sont dispersés dans près d’une dizaine de partis différents (citons, entre autres, le Modem, le Nouveau Centre, le Parti Radical, la Convention Démocrate, l’Alliance Centriste, Force Européenne Démocrate, Cap 21…), sans parler des centristes qui sont restés à l’UMP. Mais en réalité, le centre est aujourd’hui divisé en deux grandes tendances: d’une part, il y a un centre qui se veut strictement indépendant de la gauche et de la droite, et qui est incarné par le Modem et par François Bayrou. D’autre part, il y a un centre-droit qui est désormais fédéré sous la bannière UDI et qui, tout en revendiquant son indépendance, reste en réalité un allié de la droite.

A présent, beaucoup de sympathisants centristes déboussolés, « orphelins » de l’UDF, se posent cette question: mais qu’ont-ils fait du centre?… La France a, plus que jamais, besoin d’un centre fort, indépendant et unifié. Si tous les centristes se rassemblaient dans un même parti, ils pourraient jouer un rôle de premier plan dans la vie politique et devenir le pivot de nouvelles majorités parlementaires. Mais les divisions sont profondes, et les blessures de ces dernières années ne sont pas encore refermées au sein de la famille centriste. De plus, le système électoral français pénalise lourdement le centre: le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, utilisé lors des législatives, favorise la bipolarisation et marginalise tous les candidats qui ne sont pas alliés au PS ou à l’UMP: ainsi, le PS et l’UMP sont largement sur-représentés à l’Assemblée, mais les centristes sont condamnés à rester une simple « force d’appoint » pour la droite s’ils veulent conserver une représentation parlementaire. De nombreux députés centristes préfèrent rester alliés à l’UMP pour ne pas perdre leur siège, plutôt que de s’engager, comme Bayrou, dans une démarche de rupture, trop hasardeuse.

L’heure est grave. Centristes de tous partis, unissez-vous ! Demandons une dose de proportionnelle aux élections législatives, et formons le grand parti centriste, humaniste et indépendant dont la France a tant besoin !

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